Chine, quand le passé explique le présent…

Pierre Bourque nous livre aujourd’hui deux anecdotes significatives à propos de son expérience chinoise au fil des années (suite des articles précédents).




- centre de recherche sur les Pandas, Chengdu -



« La mère de Wen Qi [longtemps associé avec Pierre Bourque], aujourd’hui disparue, s’est orientée vers l’écriture et les arts après le décès de son mari en 1969. Elle avait subi les affres de la Révolution culturelle et fut envoyée durant six années dans une campagne chinoise pour être rééduquée dans 'la bonne direction' au contact des paysans. Réhabilitée après le décès de Mao Zedong, elle avait retrouvé ses activités intellectuelles à Beijing tout en veillant à l’éducation de son fils. Je lui avais demandé si elle conservait de la rancœur vis-à-vis de Mao et du terrible traitement qui lui avait été infligé. Elle m’a répondu que non pour plusieurs raisons :

La première concernait la fin de la colonisation de la Chine par tous les prédateurs étrangers qui ont conquis des morceaux de la Chine après la guerre de l’opium que ce soit les Anglais, les Français, les Allemands, les Portugais, les Américains ou les Japonais. Jamais, me dit-elle, aucun pays étranger ne touchera ni n’humiliera plus la Chine et cela grâce à Mao. La deuxième raison concerne la fin de la féodalité dans le pays et l’octroi des terres aux paysans chinois. Ces derniers vivaient depuis des siècles dans un état de servitude, dépendants totalement de l’autorité des seigneurs. Ces deux raisons m’ont profondément marqué et personne ne peut comprendre la Chine d’aujourd’hui sans y intégrer ces deux données fondamentales.



- Danny fils de Wen, Wen Qi, Pierre Bourque, Francine,
Pierrette, adjointe de Wen, à Kunming, 8,5 millions d'âmes (Yunnan) -



L’autre anecdote fut la suite d’une rencontre avec l’ex-maire de Beijing, monsieur Liu Qi. Comme tous les horticulteurs curieux, je tenais à visiter Yuan Ming Yuan, l’ancien Palais d’été des empereurs chinois. Il avait, lors de la seconde guerre de l’opium, été brûlé et ravagé en 1860 par les troupes franco-anglaises. Ce jardin de 350 hectares comprenait 200 pavillons et de vastes jardins et l’histoire le décrit comme dépassant en beauté et en grandeur, celui de Versailles, car les deux célèbres jardins dataient de la même époque.

Lors de ma visite, j’ai marché à travers les ruines de ce jardin au milieu des amoncellements de pierres, de colonnes de toutes sortes et je ne comprenais pas que la ville de Beijing puisse accepter que perdure, 150 ans après, un tel spectacle alors qu’à Beijing même, on érigeait autoroutes, parcs, viaducs... La réponse rapide et sans hésitation du maire Liu Qi m’avait laissé interloqué : 'Il faut que les jeunes générations de Chinois se souviennent de ce pillage affreux par les Européens'. Je n’avais pas besoin d’explication supplémentaire pour comprendre la blessure affligée à la Chine par les Occidentaux. 

A cet épisode, il faut aussi souligner le terrible massacre de Nanking par les troupes japonaises en 1937 qui fit entre 200 000 et 300 000 victimes civiles : les concours de décapitations entres les officiers japonais se tenaient quotidiennement et étaient considérés comme des événements sportifs tandis que des milliers de femmes jeunes ou âgées étaient violées systématiquement par les soldats. Le massacre de Nanking demeure à ce jour l’événement le plus tragique et est inscrit dans l’ADN de tous les citoyens chinois.

D’autres événements ont terni au fil des années la réputation de la Chine en Occident que ce soit la conquête du Tibet en 1951 par les troupes chinoises ou le sort des Ouigours depuis une vingtaine d’années soumis à des conditions de vie inacceptable sans compter sur les massacres de la place Tian Amen en 1989. Malgré ces événements tragiques, la Chine a continué à progresser dans tous les domaines et il faut ajouter que l’espérance de vie des Tibétains était de 35 ans en 1951 et qu’il a atteint 75 ans aujourd’hui et qu’il rejoindra bientôt l’âge moyen de l’ensemble des chinois.



- Wen, Chendan, princesse de la minorité des Yis, Pierre Bourque -

Il est vrai que la politique chinoise vis-à-vis ses 55 peuples minoritaires totalisant plus de 100 millions d’individus a toujours été l’intégration à la communauté Han majoritaire (92% de population), ce qui à ce jour réussit, tout en conservant pour chacune de ces minorités une certaine autonomie. C’est un débat qui continuera au cours des prochaines années et la Chine n’est pas le seul pays a expérimenté ce dilemme tout comme la critique de son système politique qui fait peu de place à la contestation. Faut-il pour autant mettre la Chine au ban des sociétés humaines alors que tous les pays commercent et échangent avec elle ?

Pendant trente ans, j’ai parcouru la Chine du nord au sud et de l’est à l’ouest, j’ai admiré sa culture, son histoire et ses immenses réalisations… quel autre pays a réussi à sortir des millions d’êtres humains de la pauvreté, de la misère ? J’ai développé avec les citoyens chinois de solides amitiés et tenté de les aider à régler quelques défis et problèmes existentiels. Aujourd’hui, j’en suis à faire un bilan de ces amitiés et de ses expériences et je me sens prêt et heureux à continuer ces visites dans une perspective de paix et d’amitié. 



- Shenzhen, 17,5 millions d'âmes -


- pont tunnel entre Macao et Hong Hong,
55 km de long, 18,4 milliards de dollars,
le Groupe Bouygues participa à sa construction,
9 ans de travaux -