La Chine avance vers le futur… à toute vitesse.
Dans un monde où la croissance économique est le seul mantra qui conduit à la prospérité, les USA marque le pas. L’Union européenne, elle, reste embourbée dans ses contradictions tandis que son incapacité à parler d’une même voix la rend difficilement crédible et peu efficace. A l’Est, la Chine se dirige, à la vitesse d’un TGV, vers le futur et prend une longueur d’avance. Partie de très loin, elle met les bouchées doubles sans trop s’encombrer des contraintes qui sont celles de la plupart des pays occidentaux.

- Shanghai -
Pierre Bourque revient d’un séjour de deux mois dans le sud de la Chine. Un pays qu’il connaît particulièrement bien puisqu’il y a passé (de 1983 à 2013) de nombreux mois en mission après avoir été le maire de Montréal durant deux mandats. Persona grata, il y a été reçu avec les honneurs. Il a rempli plusieurs carnets de notes et des centaines de photos. Pour lui, la Chine a beaucoup à apprendre aux occidentaux et au reste du monde. Tout là-bas est à une autre échelle, les villes, les infrastructures, la population, les comportements, les transports... Le pays révèle aux voyageurs qui s’y aventurent ce que pourrait bien être l’avenir de l’humanité. Alors, Meilleurs des Mondes ou pas, seul l’avenir nous le dira.
Pierre Bourque constate que « la Chine a bien changé au fil des dernières années. Elle est devenue belle, moderne, accueillante, remplie de fleurs et d’arbres, avec ses villes propres et ses gratte-ciels à n’en plus finir. Sauf à Chengdu, les vélos ont pratiquement disparu des villes pour être remplacés par des millions de scooters électriques et une multitude de voitures neuves, majoritairement chinoises et de plus en plus électriques. La jeunesse omniprésente avec son habillement marqué par la mode du jour, semble avoir conquis l’espace public et avoir orienté la société vers un avenir de prospérité. »
Après des semaines de visites et de rencontres - un véritable marathon - Pierre Bourque dresse un bilan de ce qui l’a le plus impressionné :
Le costume et l’habillement de la femme et de l’homme chinois
et la recherche du bien-être personnel.
Il me semble que chaque chinois a découvert ou est à la recherche de sa véritable personnalité. Fini les cols Mao et l’habillement commun à grande uniformité. Les hommes et surtout les femmes, pensent à eux avant tout et chacun a un style particulier, souliers de marque, chemises à teintes multiples, pantalons, robes de couleurs, blouses, chandails, je vois défiler partout dans les villes visitées des milliers de jeunes bien habillés et fiers d’eux-mêmes. Ce spectacle tranche radicalement avec mes voyages antérieurs et cette recherche d’être soi et de s’affirmer est visible partout contaminant même les aînés. Les magasins de mode et de haute couture et de soins personnels pullulent et cette jeunesse semble entraîner à sa suite toute la société chinoise.
L’individualisme s’exprime aussi par les salons de thé ou de café, les voitures neuves en quantité incroyable et les scooters qui ont depuis peu remplacé les vélos traditionnels. Les lumières scintillent de partout et les soirées apportent des heures de divertissement et de rencontres. La jeunesse est partout et si la Chine dit connaître une chute de sa natalité, la réalité nous présente un autre tableau celui d’une jeunesse conquérante et heureuse. Les personnes âgées et les handicapés sont aussi choyés tout comme les femmes et les hommes avec enfants dans des carrosses... dorés .
Les Chinois d’aujourd’hui, tout en étant disciplinés, se sont émancipés et ont mis en place une société plus humaine et ouverte sur le monde mais sans complexe. Les Chinois semblent fiers d’eux et sont maintenant acquis à la modernité. Rien ne pourra les arrêter dans leur recherche du bien-être matériel.

- Guangzhou -
Les infrastructures publics.
Pour le visiteur étranger l’extraordinaire développement des infrastructures urbaines est la grande révélation de tout séjour en Chine et ceci partout sur le territoire. Ainsi, les gares de chemins de fer et maritimes, les métros, les aéroports, les autoroutes incluant les tunnels, les viaducs, la transformation et la propreté des villes dépassent et de loin tout ce qui est comparable ailleurs dans le monde. La Chine domine dans tous les domaines touchant les trains à haute vitesse, la qualité et l’immensité des infrastructures urbaines. Le train rapide au Yunnan se rend aujourd’hui à partir de Kunming jusqu’au Laos et tous les aéroports visités (Shanghai, Shenzhen, Kunming, Xishuanbanna ou Chengdu) dépassent en qualité, en taille et en service tout ce qui se fait ailleurs. La gare maritime de Shenzhen qui relie cette ville au monde et à Macao est unique tout comme le fameux pont-tunnel de 55 kilomètres entre Hong Kong et Macao.
Comment a-t-on pu construire ces milliers de kilomètres d’autoroutes, de métro, de chemins de fer et transformer tous les centres-villes en si peu d’années?
L’environnement et l’écologie.
Nulle part au monde, je n’ai vu autant d’arbres, d’arbustes et de fleurs dans les villes qu’en Chine. Les bougainvilliers fleurissent été comme hiver sur les autoroutes, accrochés aux balustrades et les rues et artères importantes sont enveloppées par des centaines de milliers d’arbres, d’arbustes et de fleurs. Comme la plupart des arbres sont à feuillage permanent, l’effet sur la ville et contre la pollution est considérable. Premier en infrastructure mais aussi premier en environnement et en écologie… ainsi va la Chine.
L’aménagement vert et fleuri des villes a été pour moi une grande découverte et une heureuse surprise et pour fournir cet immense effort de verdissement le chinois doit compter sur des milliers de pépinières de production et des centaines d’hectares de serres de production. Au Yunnan, entre Puer et Kunming, nous avons traversé sur près de 50 kilomètres une région tapissée de serres.

- jardin botanique de Chenshan, Shanghai -
L’habitation.
La crise du secteur immobilier a été largement commentée en Occident creusant un déficit énorme pratiquement impossible à résorber par le gouvernement chinois et les banques. Mais la Chine avait-elle le choix de construire moins alors que des millions de paysans envahissaient les villes à la recherche de travail?
Partout et dans toutes les villes visitées, les quartiers résidentiels ont donné naissance à des dizaines voire à des centaines d’édifices de 10 à 30 étages de hauteur avec des résultats différents d’une ville à l’autre. Certaines comme Suzhou ont érigé des complexes résidentiels au milieu de parcs avec des facilités de transport en commun, des métros ou des trains et des centres commerciaux. Souvent l’architecture des bâtiments est très agréable, original et voué essentiellement aux services des habitants. Ailleurs, la promiscuité des bâtiments et l’architecture uniforme et répétitive dénotent une trop grande vitesse d’exécution et un manque de considération pour les citoyens résidents. Les deux tendances se côtoient et aujourd’hui les normes d’urbanisme sont plus respectées et tiennent compte des besoins et des citoyens et de leur qualité de vie.
L’État possède tous les terrains en Chine, il est le propriétaire unique et des baux de 70 ans sont consentis aux gens pour accéder à la propriété. Dans le cas des entreprises, les baux ont une durée limitée à 40 ans. D’innombrables quartiers anciens ont été démolis partout en Chine et les Chinois expropriés se voient offrir soit une relocalisation, soit un montant en argent. Mis à part les centres-villes anciens, conservés et souvent rénovés, la plupart des citoyens chinois vivent dans ces tours d’habitation avec des services qui varient énormément d’une ville à l’autre.
Il n’y a donc pas de taxe foncière en Chine mais les loyers sont soumis aux taxes normales touchant la fourniture de l’eau, les déchets le transport urbain ou la sécurité. Il n’y a pas de mendiants, ni de sans-abris en Chine mais les gens ont appris à vivre modestement au fur et à mesure de l’augmentation du coût de la vie car tout le monde travaille, jeunes comme adultes et ce jusqu’à l’âge de 60 ans, ce qui devrait augmenter au cours des prochaines années. Les gens doivent épargner car la sécurité sociale est encore faible et les risques de maladie sont toujours présents et exigeants.

- Suzhou -
Les infrastructures publiques,
Hôpitaux, universités, théâtres, opéras, musées, centres sportifs…
La Chine compte 1,4 milliard d’habitants, répartis dans 32 provinces qui comptent de 40 à 140 millions d’habitants et dont les capitales et les grandes villes ont des populations énormes. La compétition entre les provinces et entre les grandes villes est donc énorme et chaque province ou ville d’envergure veut se qualifier sur le plan national et trouver sa spécificité. Les universités et écoles de commerce ou d’ingénierie sont les fleurons des provinces et à chaque année, 10 millions de jeunes sortent diplômés de leurs universités. Il faut donc leur trouver un emploi ce qui s’avère de plus en plus difficile à l’ère de l’intelligence artificielle et de l’urbanisation continue de la Chine. Les besoins sont aussi énormes pour soigner les Chinois atteints de maladies nouvelles comme l’autisme ou anciennes comme les cancers, l’Alzheimer ou autres. Les investissements en santé sont aussi considérables en Chine et les centres spécialisés se multiplient partout.
Chaque ville pense aussi au bien-être de sa population et des sommes colossales sont investies à chaque année dans les salles de concert, d’opéras, les musées, les pôles touristiques et sportifs. Le privé est aussi à la manœuvre avec la construction et l’opération d’immenses stades pour pratiquer le patinage sur glace, le ski ou autres sports nordiques et ce, même en zone tempérée ou tropicale. Je me souviens qu’après avoir dit à mon ami, le maire de Shanghai [18,5 millions d’âmes], Xu Kuandji, que j’aimais le ping-pong, il m’a amené dans une immense salle contenant plusieurs centaines de tables. J’en étais bouche bée et ce souci d’unicité et de grandeur s’est développé au fil des années. Après la découverte en 1932 d’artefacts de la vieille civilisation Shu, l’État a investi des dizaines de millions de dollars dans un musée gigantesque en hommage à cette vieille civilisation antérieure à notre ère. Les jardins botaniques, les parcs, les centres de loisirs profitent eux aussi de cette manne et éclosent partout en Chine tandis que les nombreux sites chinois reconnus par l’Unesco comme patrimoines de l’Humanité sont des pôles d’attraction qui attirent un large public.
Une immense stabilité et esprit de travail semble régner sur la Chine jointe à un nationalisme d’affirmation et d’autosatisfaction.

- danse macabre, minorité Puer, Yunnan -
Les industries de pointe et la nouvelle économie.
Balance commerciale excédentaire de 350 milliards avec l’Europe dont 50 milliards avec la France et autant avec les États-Unis, sans oublier la fourniture de biens courants et usuels à tous les pays de l’Afrique, de l’Asie et du Pacifique, la Chine poursuit sa route vers l’innovation et la création de nouveaux produits.
Les entreprises comme Lenovo pour les ordinateurs, Shein et Temu pour la mode, Hisense pour l’électroménager et les climatiseurs, TCL pour les télévisions, Xiaomi, Motorola et Honos pour les smartphones, les montres pour Huawei, Dji pour les drones, Roborock pour les aspirateurs autonomes, Xioami, Byd pour les voitures et tant d’autres dominent de plus en plus les marchés mondiaux grâce à leur qualité et leur sens de l’innovation.
La Chine possède des infrastructures de production incomparable avec une chaîne des valeurs ininterrompue de la conception à la réalisation. Ainsi, 70% des produits technologiques sont maintenant fabriqués en Chine tandis qu’une entreprise comme Huawei consacre 20% de son chiffre d’affaires à la recherche. Le Japon et la Corée du sud sont maintenant déclassés par la Chine qui, par ailleurs, doit subir les contrecoups de surtaxes importantes de la part de l’Europe et des États-Unis.
Pour ma part, je suis convaincu que rien ne pourra arrêter la Chine et dans plusieurs visites industrielles que nous avons effectuées à Suzhou [6,7 millions d’âmes], Hangzhou [7 millions], Kunming [8,4] et surtout Shenzhen [13,3], partout j’ai touché à cette force humaine que représente les jeunes ingénieurs chinois et leur volonté de vendre leurs produits à travers le monde.

- robot, usine de hangzhou -
(à suivre : en guise de conclusion...)