Canada : en route vers le Yukon,

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première étape, Vancouver, Jasper…

Après plusieurs années d’informatique, de « métro, boulot, dodo », j’éprouvais le besoin de respirer tout mon saoul et d’explorer d’autres espaces, grands si possibles.

- photos © Romain Dartigues -


Juillet 2009. Je quitte Montréal, direction Vancouver, capitale séduisante de l’ouest canadien et de la Colombie Britannique. La ville tient ses promesses. Elle est propre, avec ses 600 000 habitants dont beaucoup sont soucieux de développement durable, avec des espaces verts partout dont certains sont des réserves ornithologiques. La mer est omniprésente et de nombreux cours d’eau cheminent à travers la cité qui en devient un rien lacustre. Le courant chaud du Pacifique vient tempérer le climat. Il pleut, dit-on, 300 jours par an mais ces jours-ci, je n’ai pas à me plaindre, il ne fait que beau ! J’apprend, qu’en hiver, la neige tombe suffisamment sur les montagnes toutes proches (la première station, Cypress Mountain, est à une demi-heure de Vancouver-Ouest), pour faire le bonheur des citadins amateurs de ski.

Je séjourne à l’Auberge de Jeunesse de Jerico Beach Park, à une cinquantaine de mètres de la plage de sable, au milieu d’un joli parc et, en bus, à seulement vingt minutes du centre ville. De là, je loue un vélo et pars « Dowtown » explorer la ville. En prenant soin d’éviter les grandes artères, je découvre un réseau de pistes cyclables particulièrement agréable et sécurisé, un modèle du genre. Puis, je me dirige au nord-ouest, et atterri au Stanley Park. C’est l'un des plus grands et des plus beaux parcs urbains d’Amérique du Nord, avec une partie aménagée (aire de jeu, piscine, aquarium, mats totémiques…) et une autre partie de ses 400 hectares, sauvage à 70 %, où quelques beaux spécimens de séquoias et d’autres arbres géants me donne une idée de la richesse de la futaie originelle.

- Séquoias, Stanley Park -


Mais, au bout de trois jours de visite, j’ai soif d’autres paysages plus… sauvages. J’embarque dans un bus qui se dirige vers la province voisine, l’Alberta. Nous prenons de l’altitude et traversons les fantasmatiques Rockies Mountains, les Montagnes Rocheuses, pour descendre, après 800 kms et 10 heures plus tard, sur Jasper, centre important d’un tourisme essentiellement estival, axé sur la randonnée et l’escalade. Je m’y arrête plusieurs semaines (sujet d’un prochain récit illustré).

Mon objectif est plus au Nord et je dois aller de l’avant car l’été est bien entamé lorsque je prends à nouveau, en ce début d’août, le bus vers Whitehorse. Les distances, à l’aune de l’Europe, sont immenses, 1 927 kilomètres séparent Jasper (Alberta) de Whitehorse (Yukon).

Le conducteur du bus nous laisse, 523 kms plus loin, à « Dawson Creek »… Deux jours à attendre le prochain. Les arrêts viennent ponctuer le parcours et troubler la léthargie bien compréhensible qui nous guette… Ici, des passagers descendent, d’autres montent, là, des paquets sont livrés dans des bâtiments à usages multiples (poste, restauration rapide, couchages sommaires, dépôt de pain, alimentation générale…). Il faut bien le dire, les moyens de transports publics sont plutôt rares. La ligne entre Dawson Creek et Whitehorse par exemple ne fonctionne que deux ou trois fois par semaine. Je devine que l’hiver, c’est encore plus aléatoire…

Cette partie du Canada est peu peuplée et les distances à parcourir sont grandes. Cela pose un gros problème de rentabilité pour la compagnie Greyhound, quasiment en situation de monopole qui, depuis 1914, sillonne tout le nord de l’Amérique, du Texas à l’Alaska en passant par Montréal et New-York. Elle a déjà menacé les autorités de fermer certaines lignes déficitaires dans des zones, justement peu habitées.

Autre pause, « Fort Nelson » qui me fait faire un bond de 500 kms, juste le temps d’envoyer quelques cartes postales. Puis, un autre 200 kms et « Toad River Lodge » s’affiche, très fier de montrer sa collection de 6 000 casquettes… poussiéreuses qui décorent murs et plafonds. Sur la route, nous croisons un troupeau d’une trentaine de bisons. Ces belles bêtes (Wood Buffalo) allant jusqu'à 900 kg, emblème d’une conquête de l’Ouest qui signa un temps leur quasi extinction, ont été réintroduites et prospèrent. Trop maintenant, et le gouvernement est obligé d’envisager d’en diminuer le nombre. Sans plus de prédateur, les bisons font la loi, s’installant confortablement pour ruminer sur les autoroutes. Un vrai danger, affirme notre conducteur de bus, pour cette fois loquace. En hiver, recouvert de quelques centimètres de neige, ils sont parfois invisibles.

- on the road…

Whitehorse lakes


Brock, mon camarade de siège est un Canadien d’Ontario qui revient de deux mois qu’il qualifie d’infernal. Il sent fort et m’en donne la raison. Depuis trois étés, il travaille pour une entreprise chargée de replanter des montagnes entières ravagées par les feux ou les coupes des compagnies forestières. Ces dernières ont l’habitude de faire des coupes claires, c’est à dire de déboiser sur un secteur donné, tout le bois sur pied. Fort judicieusement, à l’image de la Suède et de la Norvège, le Canada les oblige dorénavant à entreprendre des campagnes de reboisement. Ce travail est dur et bien payé, m’explique Brock. Il consiste, en quelques gestes précis et codifiés, à repiquer des plants, généralement de conifères. Des milliers et des milliers, 8 à 10 heures durant, les pieds dans la boue, des nuages de mouches buveuses de sang comme ultime supplice. Mais la paye est là qui fait tout oublier… à 12 cents le plant, il arrive parfois à en planter 2 000 à l’heure et, en travaillant dur six jours semaine, il arrive à se constituer un très bon magot.

Encore 700 kilomètres avant d’arriver dans la capitale de la province du Yukon, Whitehorse, étape cruciale des chercheurs d’or en route vers Dawson City, encore plus au Nord… Le paysage défile, un peu gris, avec une monotonie relative. Nous descendons peu à peu les marches du géant montagneux. Quand j’arrive, à 4 heure du matin, il fait frais, un petit 5°, et il y a du brouillard.

- Whitehorse, capitale du Yukon, 25 636 habitants -

Whitehorse City


  • prochain article : camping ; plongeur dans le meilleur mais surtout le plus grand restaurant de Whitehorse ; un bon plan pour descendre, en canot, une section du Yukon… la « Grande rivière », longue de plus de 3 000 kms.


d’après le récit de Romain Dartigues