Mexicali. Passage de la frontière…

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Quelques pages arrachées de mon carnet de voyages :


- Amate, peinture sur tissu en écorce, Guerrero -


Après un séjour d'une année presque jour pour jour au Mexique, je m’apprête, en ce mois de juin 1972, à passer la  frontière du Nord et faire mes premiers pas en Californie. Je ne me pose guère de questions, les choses arrivent, les choses arriveront, je n’ai pas de plan établi.

J’ai donc débarqué à Mexicali, dans l'état de la Basse Californie, en cette fin de matinée après je ne sais plus combien d’heures de train depuis Guadalajara. Quarante heures, peut-être même plus. Les locaux l’appellent cette ligne ferroviaire « Le Burro » (l'âne)… Se succèdent Mazatlán, Ciudad Obregon, Empalme, une cinquantaine d’arrêts plus ou moins long… Le temps de savourer le spectacle et de méditer aussi… Du désert puis encore du désert sur des centaines de miles avant d’atteindre Hermosillo et ses immenses parcs à bestiaux en pleine activité. Le désert de Sonora ne me déçoit pas. C’est là où les sorciers yaguis qu’allait popularisé Carlos Castaneda - s’approvisionnent en « peyotl » pour faire leurs voyages initiatiques… Enfin, la traversée du Colorado annonce la fin du voyage. C’est triste de savoir qu’il y avait un fleuve, un fleuve qui rendait cette région prospère et vivante. Situés en amont, les yankees l’ont mis en cale sèche. La faute à leur agriculture intensive, gourmande en eau. Ça fait mal au cœur de constater que le delta du Colorado ne reçoit plus qu’un maigre ruisseau.

Durant ce trajet, j’ai voyagé dans un de ces wagons-lits que les acteurs du film « Certains l’aiment chaud » avaient emprunté. Un train qui avait déjà vécu une vie au Nord de la frontière, probablement racheté à bas prix. Comme Marilyn Monroe et ses complices, j’ai dormi dans une de ces couchettes qui, à la différence de l’Europe, sont alignées dans le sens de la longueur et non de façon perpendiculaire comme en France. Une allée centrale sépare les couchettes disposées à bâbord et à tribord, un rideau en tissu permettant de protéger quelque intimité… 



- sur la ligne ferroviaire Maya, entre Merida et Palenque -


Terminus. J’ai rejoint à pied le poste frontière de Mexicali et fait la queue, un parmi une centaine de journaliers mexicains. Il faisait chaud, très chaud. A part un stop-over de quelques heures à l’aéroport de Miami sur mon chemin vers Acapulco, c’était la première fois que je mettrai vraiment les pieds au pays des cow-boys, des gratte-ciel et du « flower power » aussi. Un rêve, que petit garçon, je n’osais même pas faire. J’étais muni d’un sac à dos et d’une valise en cuir travaillé, acquise sur un marché à Oaxaca. 

Lorsque j’ai présenté mon passeport français, j’ai eu le culot de demander un visa de trois mois avec l’espoir d’en obtenir un. En effet, je n’avais que quelques chèques de voyages de l’American Express. Pas assez vraiment pour justifier une telle durée de séjour. L’officier a regardé quelques secondes mes cheveux qui approchaient les épaules, ils étaient propres, ma barbe bien taillée, ma chemise et mon pantalon en coton blanc, étaient à peine froissés. Lorsqu’il m’a remis sans un mot mon passeport, j’ai eu le temps de lire : septembre. Gagné. J’ai remis mon chapeau de fine paille tressé, un Panama, acheté sur un marché à Merida, et j’ai cherché le terminal des bus Greyhound. Direction L.A. avec dans mes poches l’adresse d’un couple de Marseillais Maurice et Brigitte Brunel, que j’avais croisé quelques minutes sur le débarcadère d’Isla Mujeres quelques mois plutôt.

Je ne savais pas encore que j’allais acheté une moto d’occasion, une Yamaha 650, et parcourir plus de 10 000 km à travers les USA avec une jeune californienne, du Sud au Nord et d’Ouest en Est… pour revendre cette japonaise à New York city, en plein mois de novembre, à Arman que j’aurais tout aussi bien pu rencontré à Nice ou à Cannes. Mais, ça, c’est une autre histoire...



- couleurs locales : usine de sisal, Yucatan -