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Jacques, l'aîné des Fauroux...

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Catégorie Pays de Lérins

Nom : Fauroux, prénom : Jacques. Il a fait de sa passion pour la voile et pour la compétition son métier, entraînant dans le vent du grand large, ses fils, Nicolas et Bruno.




C'est le père, Louis, qui a mis rapidement tout son petit monde en situation. Il est alors directeur de la Banque de France à Cannes. Son hobby : inventeur. Sur la table du salon, il fait des plans et dans le sous-sol il construit bientôt un petit dériveur de la catégorie des Moth. Ce sont ses trois enfants, Jacques, Marie-Claude et Pierre qui l'essayeront dans la rade de Cannes. Avec succès. Ils cumulent places d'honneur, titres nationaux et internationaux.

Jacques passe son temps libre sur l'eau. Il est le plus motivé peut-être. Surtout, il a « la gagne ». Il a 19 ans lorsqu'il ramène à la maison son premier titre de Champion du monde. Nous sommes en 1960. Il s'en appropriera encore deux, toujours sur Moth, en 1970 et 71. Sur Finn, il sera membre, pendant 7 ans, de l'équipe de France.

Après avoir réussi Math Sup à Nice, il s'oriente vers l'enseignement des mathématiques. Pas pour longtemps. Pourquoi ne pas vivre de sa passion en dessinant les bateaux qu'on va soi-même barrer et d'autres qui donneraient à leurs propriétaires les plus grandes satisfactions ?

De 1972 à 1979, il est chef du bureau d'étude d'Aloa Marine. Il ouvre ensuite à Cannes son propre cabinet d'architecture navale avec son fils Nicolas, sorti ingénieur de l’École Supérieure de Blois. Les chantiers navals Jeanneau, Bénéteau, Dufour, GibSea, leur passent commandes.

Les deux loups de mer s'attaquent ensuite et sans complexe à la réalisation du 8 mètres Jauge Internationale du Baron Edmond de Rothschild, le Gitana Sixty, ainsi que de sloops de croisière en aluminium, le Sovereign Too d'abord (25 mètres), suivi du Vairéa (32 mètres) et du Vaimiti (40 mètres). Nous sommes loin des courses en petits dériveurs, des courses en solitaire. Nous sommes loin du Colibri, le Moth de 3,33 mètres de long construit par le papa, en 1952.




Jacques peut se flatter de pouvoir compter sur les océans plus de 5 000 bateaux qui portent sa signature et de 11 titres de champion du Monde. On le serait à moins. Nous n'avons pas encore parlé de la rénovation et de l'optimisation du bateau vainqueur du jubilée de Cowes en 2001, le Soveireign, ni des prototypes qui se distinguèrent dans les plus prestigieuses compétitions, du Donald Duck, One Tonner, vainqueur de l'Admiral's Cup en 1987…

En juin 2002, à Helsinki, Jacques ajoute un nouveau fleuron à sa liste de mariage avec la mer. Celui de champion du monde avec « Fleur de Lys », un 8 mètres JI qu'il a dessiné pour le compte de Gaston Schmalz. Un succès particulièrement spectaculaire, le bateau et son équipage cannois (Jacques, Bruno et Nicolas Fauroux, Jean-Luc Durosne, Yves Despres et Dominique Caparros) remportant sans coup férir les 10 régates. Du jamais vu !

Étonnant qu'avec un tel palmarès, Jacques n'ait pas reçu plus de propositions de collaboration au cours de sa carrière. En 1983, il participe malgré tout à l'optimisation du 12 mètres JI pour le Défi français à la Coupe de l'America, dans la baie de Newport. Une somme d'expériences qui le décide à être partie prenante pour un autre défi, cannois cette fois. Nous sommes en l'an 2000. Il fait équipe avec Nick Johansen et les frères Chevalet. Ce projet de participation à la Coupe de l'America, monté avec l'appui du maire Michel Mouillot, n'ira pas à son terme. Un autre projet, parisien celui-là, aura les faveurs du pouvoir et des indispensables sponsors. Très difficile de faire décoller un projet d'envergure de la province, d'autant que Michel Mouillot est déjà en disgrâce !

Interrogé sur l'échec cuisant d'Areva en Australie qui s'apparente à celui de l'équipe nationale de football, Jacques parle d'un probable manque de temps pour préparer les hommes et le matériel, de défauts de conception, le bateau perdait régulièrement 20 à 30 secondes sur chaque bord. L'argent ? Certes, on n'en a jamais assez. On a aussi coutume de dire : « construire un bon ou un mauvais bateau, c'est le même prix ! »




Nous avons parlé de Jacques mais dans la famille, il n’y a que des pointures. Ainsi Marie-Claude fut en 1974, la première femme à traverser l'Atlantique en solitaire sur un 10 mètres préparé par son père et par… Jacques. C'était à l'occasion de la Transat qui révéla Alain Colas. Elle créa ensuite une école de course/croisière dans le Var. Pierre, le cadet, est lui-aussi architecte. Les deux pieds sur terre, même s'il participe parfois à des compétions comme équipier et s'il fut champion de l’Île de France, en natation. On lui connaît, entre autres, la réalisation renversante de l'église-mairie de Garbegaire à Valbonne.

Jacques Fauroux a décidé de quitter son bureau près du Suquet pour s’installer à Mougins. Il laisse le plus gros du travail à Nicolas qui a développé parallèlement à ses interventions dans le domaine du yachting, un atelier de construction de maisons à ossature en bois.

(Une partie de l'article a été publié en 2002 sur l'édition papier de Paris Côte d'Azur)