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Littérature : « Moi »,

qui m’aime ?

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Le petit livre de Djami Chêne se lit en trois clignements d’yeux et se déguste comme un bonbon. C’est l’histoire d’un mec. Non, c’est l’histoire d’un membre d’une famille comme il y en a des milliers, avec tous les psychodrames nécessaires à la formation d’une personnalité, avec tous les risques aussi de se perdre corps et âme dans le mécanisme de construction de son... moi.

Qu’y a-t-il de totalement biographique dans ce récit ? D’ailleurs qu’est ce qu’une véritable autobiographie sinon une tâche impossible qui débouche trop souvent sur la rédaction d’un simple curriculum vitae bourré d’anecdotes sans grand intérêt. Djami raconte dans ce livre, avec une sobriété remarquable, les petits drames du quotidien, les interrogations existentielles qui surgissent au gré des désillusions, des quiproquos, de tous ces faits qui jalonnent son parcours. Bien sûr, il y a des bons moments, des fous-rires, mais ils sont plutôt rares. De toute façon comme disait Fernand, c’est dans la nature de l’homme : nous ressentons davantage et plus longtemps la douleur que le bien être. Son auteur ne nous dit pas tout mais l’essentiel est dit. On a compris : il n’est pas nécessaire d’en savoir plus.

Ici, c’est plutôt famille je vous hais plus que je vous aime ! Il y a plus malheureuse que Djami bien sûr, si tant est qu’on puisse mesurer le malheur sur une échelle de Richter de la souffrance psychologique... Il y a Papa qui m’aime pas, Maman je sais pas, la bonne (non, ya pas de bonne), et moi. Il y a aussi une sœur Françoise, des Sœurs et un grand-père libidineux,

Le lecteur va ainsi suivre cette petite poupée aux yeux si bleus qui se construit un monde à côté de celui des adultes. Suivre ses peurs, ses angoisses, ses interrogations, ses « j’ai rien demandé et je suis là et je souffre ». À des degrés différents, ce sont aussi les nôtres. Heureusement, la résilience guette, lui/nous épargnant le pire...

Djami Chêne a fait un choix, celui d’en dire le moins possible tout en disant beaucoup. L’auteur créé en quelques phrases un climat, une ambiance. Elle écrit à l’économie, c’est assez bluffant. Djami qui a longtemps travaillé pour la télévision, connaît sans doute toutes les règles du genre, d’où ces chapitres construits comme des séquences courtes, deux pages maximum, des fois moins. Une technique sûre qui colle avec nos habitudes de lecture et d’écriture, de plus en plus influencé par les NTIC et les réseaux sociaux. Il en résulte un récit frais, sensible, efficace qui nous donne à penser que son auteur a fait ici ses gammes et qu’elle se lancera bientôt dans l’écriture de romans plus... ambitieux.

Pas besoin d’être... voyant pour deviner une suite à « Moi ». Ceux qui connaissent l’auteur imaginent un récit qui pourrait par exemple s’intituler : « Lui ». Celui d’une rencontre pleine de... signifiants dans les couloirs d’un célèbre psychanalyste.

- MOI - Djami Chêne - Éditions Anne Carrière - 18 €