Cannes. Le Palm Beach donne carte blanche à Bellini…

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- article publié dans les années 70/80 dans la revue du Palm Beach de Cannes et signé par Fernand Dartigues -




Parce qu’il voulait faire apparaître mieux encore le caractère de gaité, de charme coloré qu’il s’attache à donner au Palm Beach, parce qu’il voulait que ses hôtes soient heureux davantage encore dans l'établissement prestigieux dont il porte allègrement la (lourde) responsabilité, Jean Robert Toutain s'est adressé à Bellini. Il lui a notamment demandé de peindre pour les salles de jeux de grands panneaux qui soient un hommage à la côte d'Azur tout entière, à Cannes, au soleil, à la douceur de la vie! Il savait que ce serait pour Bellini un plaisir autant qu'un ouvrage et que le peintre ne décevrait pas. N'a-t-il pas, depuis longtemps déjà, conquis un vaste public en peignant avec enthousiasme des paysages de lumière et de mouvement d'où les humains ne sont jamais exclus? N'a-t-il pas fait admirer à Paris, chez Pétridès, à Londres, à Manchester, Venise et bien d'autres lieux, des tableaux que son nom, maintenant, suffit à évoquer ? Et dans combien de musées, de demeures ne fait-il pas rayonner, vibrer ses paysages lumineux, ses personnages, roulottes, calèches, cette lumière, enfin, qui émane des plus humbles objets quand c'est un vrai peintre qui nous les montre ?

On ne présente pas Emmanuel Bellini dirait un conférencier, qui n'en finirait plus de nous le présenter ! Je ne tomberai pas dans ce travers ; Maximilien Gauthier a consacré une très belle monographie à l'artiste. On y lit, par exemple, ceci : « Tel est Bellini. Tout le contraire d'un raisonneur ennuyeux : un peintre pratiquant la peinture. »

C'est vrai que l'homme n'est pas ennuyeux ; tous ses amis le savent et se font une joie de lui rendre visite dans la chapelle où, loin de pontifier, il fait partager généreusement son optimisme, sa joie de vivre et d'y voir clair ! Et si vous relevez son défi à la pétanque, la partie n'est pas du tout gagnée d'avance, du moins pas pour vous... 

Au mois de Mars dernier, après avoir vu son exposition annuelle chez Pétridès, Roger Bouzinac écrivait dans Nice-Matin : « Bellini demeure tel qu'en lui-même la maîtrise et la maturité le changent. Aussi chaque fois que je pars en voyage avec lui, de Venise à Cannes, du Lido au Suquet, ma satisfaction est toujours aussi grande... »

Sitôt que J. Robert Toutain lui eut donné le feu vert (belle couleur pour un feu, cher maître !), et que le décorateur Louvat lui eut désigné les emplacements qu'il avait déterminés pour lui, le peintre s'est mis au travail avec un entrain, une bonne humeur efficace dont nous avons été les témoins admiratifs. C'était merveille, en effet, de voir jaillir les paysages que Bellini semble porter en lui, comme Jupiter portait Minerve toute armée dans son olympienne cervelle. En fait, lorsqu'un peintre peut faire preuve d'un tel sang froid et d'une telle virtuosité, lorsque son travail s'accomplit avec une telle aisance, c'est qu'il porte vraiment en lui le sujet que son talent lui permet d'esquisser aussitôt, que sa maîtrise lui permet de traiter et de terminer sans délai ni délayage.

C'est ainsi que sont nés sur les lieux mêmes où les hôtes du Palm Beach les découvriront, ces peintures qui disent dans le plus communicatif des langages (et par dessus la barrière des langues) comme il fait bon vivre chez nous. Comme il y fait beau, aussi !

Et la nuit, lorsque les croupiers feront entendre le rituel « Rien ne va plus » (ce qui n'impressionne personne), parce que les femmes seront jolies, l'ambiance aimable, le champagne agréable et les espoirs sans limite, les images de Bellini chanteront la beauté des jours à venir !

N'avez-vous pas souhaité, vous aussi, de connaître plus souvent un état d'exaltation joyeuse qui vous fasse oublier certains aspects, peu réjouissants, de ce monde ? Eh bien, c'est cela que souhaite pour vous la direction du Palm Beach, et c'est cela que l'on trouve dans la peinture de Bellini !