Pensées marines...

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Catégorie Geste et pensée...

Cannes, juin 2010



Dans le creux des rochers, dans les entrailles de la côte, la mer me parlait. Sa voix était rude. Elle portait avec le flux et le reflux, le verbe des poissons, des sirènes, des dieux grecs et romains. Ce matin, elle se réveilla, égale à elle-même, avec nos rêves de la nuit. 

La mer m’accompagne. Je crois qu’elle m’a toujours accompagné, même lorsque j’étais loin d’elle. 

Nous étions au bord de la mer, le regard captivé par le spectacle. Le vent solaire s'était déjà installé. Au loin, les petits bateaux de pêche dansaient souplement. Un groupe de gros nuages gris annonçait au large un orage. Derrière nous, d'autres nuages filaient vers les montagnes proches. Nous marchions sur le sable dont seule la surface s'était réchauffée, car hier il avait plu. Le bruit régulier des vaguelettes diminuait sensiblement celui des véhicules qui circulaient sur la route proche.

Des milliers de débris dessinaient sur le sable des lignes que nous suivions. De petits coquillages s'étaient échoués. Ils se mélangeaient aux algues, à des végétaux terrestres arrachés par les pluies. Il y avait aussi les nombreux débris issus de nos activités humaines. Le plastique y tenait le plus grand rôle… L'air était discrètement chargé d'iode. Sur la digue, trois pêcheurs attendaient patiemment que leurs cannes s'agitent. Un couple vint promener son chien. Libéré de sa laisse, celui-ci partit vite sur la plage, s'éclaboussant de sable et d'eau.

Il suffisait de se laisser porter par cette vision pour que le bruit, celui de nos pensées s’apaise. Le passé était relégué aux oubliettes, le futur n'existait pas encore, le présent emplissait tout l’espace.

Puis la mémoire revint. Le souvenir des tâches à accomplir se remit en place. Il fallait nous rhabiller, enlever le sable là où il avait collé, essayer de se défaire des minuscules paillettes de mica fixés au pied, fortuits éléments décoratifs. Puis, nous nous arrêterions au marché couvert, pour acheter quelques tomates, des oignons et de l'ail. Il faudrait nous faufiler dans les allées et les étals, respirer les parfums de fruits et des légumes, des épices. La poissonnière aurait le verbe haut, apostrophant les passants.