Isla Mujeres. La pêche nocturne...
- Mexique, 1971 -

La nuit était tombé. J’ai vu l’homme arriver, son filet sur l’épaule. Il a posé sur le sable encore tiède un sac en plastique, de ceux qu’on trouve maintenant sur tous les marchés de la région. J’ai tout de suite était fasciné par la quasi élégance de ses gestes. Il avait vu quelque chose dans l’eau, moi pas. La plage descendait doucement et il fallait prêter attention aux quelques lueurs qui subsistaient encore, pour distinguer la limite avec l’eau, tantôt miroir opaque, tantôt transparente. Il marchait très lentement pour ne pas la troubler. A quelques dizaines de mètres, l’unique lampe qui distribuait une lumière pâle, éclairait le débarcadère. L’homme prépara son filet. Il saisit d’une main le filin attaché à son épervier et de l’autre le filet proprement dit. Je surpris un éclair vif argent à quelques centimètres de la surface. Je vis le filet quitter son épaule et se déployer rapidement dans l’air. Alourdi par les plombs, il se referma, emprisonnant une forme vivante. D’un même pas assuré et tranquille, il revint sur la rive et jeta sa prise sur le sable. Le poisson, de belle taille, se débattit, cherchant désespérément à respirer. Il détacha d’une palme une fibre solide et, impassible, écarta une ouïe et l’enfila jusqu’à bouche du poisson. Il rassembla ses affaires et se fondit dans la nuit sans un regard pour l’étranger.