Développement durable. L’enjeu des déplacements sportifs…

et des grands rendez-vous aussi.

Catégorie Sports - Natation
À quelques jours de la Coupe du monde 2026 de football, le  Shift Project propose de revenir sur plusieurs enseignements clés du rapport « Décarbonons le Sport ». Derrière la fête sportive mondiale qui s’apprête à débuter se pose une question : comment continuer à faire vivre des compétitions internationales populaires, accessibles et pérennes dans un monde confronté à des contraintes climatiques et énergétiques croissantes ?


Lors des grandes compétitions internationales, le transport des spectateurs représente plus de 80 % de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Cette part prépondérante s’explique par le recours massif à l'avion, mode de transport dépendant du pétrole ; les longues distances parcourues ; et les millions de personnes qui se déplacent, les spectateurs concentrant la majorité des émissions.

Or, le modèle retenu pour la Coupe du monde 2026 risque d'accentuer fortement ces émissions par rapport aux éditions précédentes. La compétition passera de 32 à 48 équipes, augmentant mécaniquement le nombre de matchs et de déplacements. Elle sera organisée dans trois pays, avec parfois plusieurs milliers de kilomètres séparant les villes hôtes. Cette configuration va entraîner un recours accru à l'avion pour les équipes, les médias, les organisateurs et surtout, les supporters.

Cette dynamique pourrait se poursuivre lors de l'édition 2030. L'augmentation du nombre d'équipes participantes, combinée à une organisation répartie entre plusieurs continents, risque d'accroître encore les distances parcourues et la dépendance du football international au transport aérien. 

Au-delà de son impact climatique, cette trajectoire interroge la résilience du modèle économique du football. En reposant toujours davantage sur des déplacements aériens de longue distance, le sport se rend structurellement dépendant d'une ressource : le pétrole. Or, l'accès à cette ressource est soumis à des tensions croissantes, qu'elles soient géopolitiques, économiques ou liées à sa disponibilité. En multipliant les déplacements, ces modèles accroissent à la fois la vulnérabilité économique du football aux fluctuations du prix du pétrole, et le coût supporté par les supporters souhaitant assister aux matchs.

Par ailleurs, le football est déjà exposé aux conséquences du changement climatique. Hausse des températures, vagues de chaleur, sécheresses ou événements météorologiques extrêmes perturbent déjà l'organisation des compétitions et les conditions de pratique. La littérature scientifique montre qu'un réchauffement de quelques degrés pourrait entraîner une réduction significative des périodes favorables à la pratique du sport. L’épisode de chaleur observé lors de Roland-Garros en plein mois de mai montre que les effets du changement climatique impactent déjà le sport professionnel comme amateur.

À plus long terme, les instances internationales devront interroger la dépendance structurelle de leurs compétitions au transport aérien et au pétrole. Les perspectives d’une généralisation d’avions bas-carbone restent très incertaines. L’organisation géographique des compétitions et les distances parcourues par les spectateurs constituent donc un enjeu central pour la soutenabilité et l’accessibilité des événements internationaux au XXIᵉ siècle. Parce que nous sommes profondément attachés à ces compétitions, la question n’est pas de savoir s’il faut les conserver, mais comment les faire évoluer dans un monde soumis à des contraintes climatiques et énergétiques croissantes. CQFD !



[NDLR : parmi les solutions extrêmes à envisager, celle de faire jouer tous les matchs à huit clos. De façon ainsi à privilégier les retransmissions télévisées et les diffusions des rencontres sur écran géant dans des espaces de tailles raisonnables surveillés, privés ou publics. Cela réduirait considérablement la facture carbone liée aux déplacements des spectateurs et aiderait les forces de l’ordre à mieux contrôler les débordements éventuels des fans...]