Nice. La Palais de la Méditerranée, un monument salué par le Préfet...

A l’occasion de sa réouverture officielle, le Préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux, a tenu à rappeler que « les plus belles pages d’une histoire ne sont pas toujours celles des commencements » :




« Un établissement dont la façade a failli disparaître, et qui est là. Chef-d’œuvre du tout nouvel Art Déco, puisque l’Exposition internationale des arts décoratifs s’était tenue en 1925 seulement, le Palais de la Méditerranée naît en 1929 d’une rencontre entre l’audace d’un investisseur américain, Frank-Jay Gould, et le talent de deux architectes niçois, Charles Dalmas et son fils Marcel.

En trente mois de chantier s’élève sur la Promenade des Anglais un édifice qui synthétise avec éclat tout ce que l’Art déco sait offrir de mieux : la rigueur géométrique, la richesse ornementale, la maîtrise de l’espace. Sa façade, ornée de figures féminines et de chevaux marins dus au sculpteur mentonnais Antoine Sartorio, s’impose immédiatement comme un manifeste architectural. Elle incarne, à elle seule, ce moment singulier de l’histoire niçoise où la Côte d’Azur achève sa mue, passant d’un tourisme hivernal aristocratique à une destination rayonnante, ouverte au monde, attirante en toutes saisons.

Pendant des décennies, le Palais a rythmé la vie mondaine et culturelle de Nice. Puis vint le déclin, la liquidation judiciaire en 1978, la vente aux enchères du mobilier et des vitraux, le silence des salles autrefois animées. Une époque que je résumerais avec le titre d’un livre de Renée Le Roux : « Une femme face à la mafia ». Une époque aussi où certain voulaient transformer Nice en Las Vegas méditerranéen. Et enfin, la menace la plus grave - celle de la table rase, de la démolition pure et simple.C’est ici que l’État joue le rôle qui est le sien et qui est si essentiel dans notre département, celui qu’aucun autre acteur ne peut assumer à sa place : la protection de ce qui ne doit pas disparaître.

Au tournant des années 1980, le Palais change de mains. Ses nouveaux propriétaires envisagent sa démolition totale. La spéculation immobilière semblait devoir l’emporter sur la mémoire collective. Dès 1981 toutefois, le préfet Lambertin souligne la nécessité de conserver la façade. Et face à la menace, des voix s’élèvent – celles d’intellectuels, d’historiens, d’associations attachées à l’identité architecturale de Nice, et de très nombreux niçois parmi lesquels l’historien Max Gallo, fils de cette ville, qui contribue à porter le combat jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.

Le 18 août 1989, le ministre de la Culture signe l’arrêté qui classe la façade principale, côté Promenade des Anglais, et la façade en retour sur la rue du Congrès, au titre des monuments historiques. In extremis. Ce mot mérite qu’on s’y arrête : il dit la proximité du péril, et la valeur de l’acte qui l’a conjuré. Sans ce classement, la démolition de 1990 aurait tout emporté. Grâce à lui, ces façades demeurent – témoins debout d’une époque, d’un style, d’une ambition.

Le classement au titre des monuments historiques est l’instrument par lequel la République dit : ceci a de la valeur, ceci doit durer, ceci sera transmis. En 2001, la reconnaissance se complète avec l’attribution du label « Patrimoine du XXe siècle » par l’État. Ensemble, ces protections ont rendu possible ce qui semblait improbable : la renaissance d’un lieu que l’on croyait condamné et aujourd’hui très dynamique.

La réouverture du Palais de la Méditerranée, c’est la démonstration que patrimoine et excellence économique ne s’opposent pas - ils se renforcent. Cet établissement est l’un des symboles de ce que notre département offre au monde : une alliance unique entre cadre naturel d’exception, richesse culturelle et accueil de haut niveau. Il contribue directement au rayonnement touristique des Alpes-Maritimes, l’un des premiers départements de France pour l’accueil de visiteurs internationaux. Chaque chambre occupée, chaque congrès accueilli dans ses salles, chaque soirée animée dans ses espaces, c’est autant d’attractivité consolidée pour l’ensemble de notre territoire.

Les Alpes-Maritimes sont une destination d’excellence. Elles le doivent à leur climat, à leur géographie, à leur patrimoine naturel et culturel. Mais elles le doivent aussi à la qualité de leur offre hôtelière et touristique, à la capacité de leurs acteurs économiques à investir, à rénover, à innover. La renaissance du Palais de la Méditerranée en est une illustration exemplaire.

Ce lieu irrigue également le tissu économique local bien au-delà de ses murs. Il génère des emplois directs et indirects, il attire une clientèle nationale et internationale exigeante qui anime  l’ensemble des commerces, des restaurants, des activités culturelles de Nice et de son agglomération. Il participe à faire de la Promenade des Anglais non pas seulement un décor, mais un espace vivant, productif, porteur d’avenir.  Un espace de solidarité aussi, puisque durant la nuit d’horreur du 14 juillet 2016, le Palais de la Méditerranée, avec d’autres naturellement, a servi de refuge à une foule paniquée. Nous commémorerons d’ailleurs le mois prochain les dix ans de la tragédie en présence du Chef de l’État.

Cette façade a résisté. Elle a vu la ville changer autour d’elle, elle a traversé les crises et les spéculations, elle a attendu. Et la voilà qui s’ouvre à nouveau, prête à accueillir, à rayonner, à offrir aux visiteurs du monde entier ce que Nice sait offrir de plus beau : le mélange d’une histoire assumée et d’une modernité ambitieuse. Que cette réouverture soit, pour les Alpes-Maritimes, un signal fort - celui d’un département qui n’oublie pas ce qu’il est, pour mieux construire ce qu’il veut devenir. »