Saint-Honorat. La tour-monastère sur son 31…

- 1948, un créneau du monastère fortifié -
Lors de l’inauguration des travaux effectués sur ce bâtiment emblématique du pays cannois et grassois, le préfet des Alpes-Maritimes, a prononcé un discours éclairé. Extraits :
« C’est ici, au tout début du Ve siècle, qu’Honorat fit le choix de la solitude pour y rassembler une communauté. Ce qui n’était qu’un îlot exposé aux vents est devenu l’un des plus anciens foyers monastiques de tout l’Occident chrétien - le berceau, selon le mot des historiens, du monachisme occidental. De cette île étroite partit un rayonnement spirituel et intellectuel qui, bien au-delà de nos rivages, allait marquer la pensée de l’Europe naissante.
Saint-Honorat n’est pas seulement un lieu des Alpes-Maritimes : c’est un lieu de mémoire pour toute notre civilisation. Devant nous se dresse le témoin le plus saisissant de cette histoire : la tour-monastère. Élevée à partir de la fin du XIe siècle, refuge des moines aux heures des incursions, patiemment agrandie aux siècles suivants, dotée enfin de ces cloîtres superposés dont les voûtes en croisées d’ogives et les chapiteaux sculptés comptent parmi les plus beaux de notre patrimoine médiéval.
Dès 1840, ce monument figurait sur la toute première liste des monuments historiques de France. Mais protéger ne suffit pas : il faut, parfois, sauver. Tel était l’enjeu de ce chantier engagé en 2020, dans les conditions exigeantes d’une restauration en milieu insulaire, où chaque pierre, chaque matériau, chaque outil doit d’abord franchir la mer. L’État a pris toute sa part dans cette entreprise et son engagement pour la culture et le patrimoine dans notre département est sans précédent.
Restaurer un monument tel que celui-ci, ce n’est jamais le figer dans une fausse jeunesse. C’est un art exigeant, conduit ici avec une rare intelligence par l’architecte en chef des monuments historiques et ses équipes. Restaurer, c’est d’abord transmettre : on a su conserver à la tour son aspect de ruine habitée, sa vérité, tout en la mettant hors d’eau et hors d’air par une couverture contemporaine, fine et discrète, qui protège les voûtes sans jamais tromper le regard sur les âges de l’édifice.
Restaurer, c’est aussi connaître : le suivi archéologique mené tout au long du chantier a renouvelé en profondeur notre compréhension des origines du site et de ses premières phases de construction. Restaurer, enfin, c’est oser le présent : dans la chapelle Sainte-Croix, rendue à la vie liturgique, onze vitraux et une tapisserie - ultime œuvre de l’artiste Vera Molnar – font dialoguer la création la plus contemporaine avec la pierre la plus ancienne ; et deux cloches, désormais, ont retrouvé la voix dans le clocher.
Saint-Honorat n’est pas une pierre morte que l’on visiterait comme on consulte une archive. C’est un monastère vivant, où une communauté prie, travaille et accueille, dans la continuité ininterrompue de seize siècles. Puisse cette tour, arrachée à l’usure des siècles, veiller encore longtemps sur la mer et sur ceux qui, demain, feront à leur tour la traversée ! »
Roland Hottiaux

- Cannes, embarquement pour les îles de Lérins, 1966 -

- débarcadère, île St-Honorat, compagnie Chanteclair, 1966 -

- le monastère fortifié de Saint-Honorat... intemporel -