Corée du Nord. Rares portraits…

Le photographe Stéphan Gladieu fait le portait, où plutôt plusieurs d’un pays les plus fermé au monde.



Grand reporter, Stéphan Gladieu s’y est rendu cinq fois pour réaliser une série de portraits entre 2017 et 2020. Dûment autorisé à entrer dans ce pays de contrôle absolu, accompagné en permanence, il recrée, avec son studio photographique mobile, un cadre de liberté en jouant avec les arrière-plans et les codes de la propagande.

L’exposition du Musée des Confluences à Lyon met en exergue une quarantaine de ces portraits. Ils ouvrent autant de fenêtres sur la vie quotidienne en Corée du Nord, documentant un moment charnière de l’histoire contemporaine. Soigneusement étudiée, la mise en scène frontale des modèles offre une approche humaniste d’individus habituellement fondus dans le collectif. Le travail sur les couleurs et la répétition des poses agissent comme le fil conducteur de l’exposition, entre réalité et représentation, entre identités propres et apparences codifiées. En partageant le récit de ses séances de prises de vue, le photographe interroge également notre rapport aux images.

Devant l’appareil photographique, du salon de coiffure à la patinoire et de l’usine à la rizière, les Nord-Coréens nous regardent, autant que nous les observons. Mais que voient-ils en nous et que percevons-nous vraiment d’eux ?

A la question - Quelle réalité avez-vous cherché à montrer à travers vos images ? - Stephan Gladieu répond :

« La Corée du Nord est un pays où le contrôle est absolu. Mes déplacements ont donc été soumis à autorisation, et j’ai été encadré tout au long de mon séjour. Imposer le portrait était un premier défi, mais le procédé photographique que j’ai choisi a dû les rassurer, puisque travailler de façon statique leur donnait certainement la sensation de contrôler la situation. Le lien qu’ils ont avec la perfection, avec le côté abouti des choses, le contrôle qu’ils souhaitent avoir sur la vie mais aussi l’esthétisme général de leur environnement les poussent à vivre dans une société qui est totalement théâtralisée. Quand on regarde les photos, on a parfois l’impression qu’elles sont fausses, que ce sont des montages travaillés sur des fonds verts, qu’il y a quelque chose de stéréotypé. »



- un esthétique de bonbons sucrés © Stephan Gladieu -