Vallauris. La statutaire… martiale de Raysse...

Le musée Magnelli, musée de la céramique, consacre une exposition à Martial Raysse. Sous l’intitulé D’une flèche mon cœur percé - Statues de Martial Raysse, celle-ci invite les publics les plus larges possible à entrer dans l’univers si particulier de l’artiste français, qui revient ici sur ses terres d’enfance en révélant un pan plus confidentiel de son œuvre : son travail sculptural, à travers un ensemble de productions récentes.




Né à Golfe-Juan en 1936, Martial Raysse s’est depuis de nombreuses années imposé comme l’une des figures les plus singulières et les plus libres de l’art contemporain français : peintre, sculpteur, cinéaste, poète. Il a choisi l’image - peinte ou sculptée - comme langage universel. S’il est principalement reconnu pour sa peinture, il revendique avec force : « je suis aussi sculpteur. Assez profondément sculpteur ». L’exposition qui lui est consacrée pendant tout l’été 2026 souhaite mettre ainsi en lumière cette facette méconnue à travers sculptures récentes et dessins préparatoires.

Le choix délibéré du mot « statues » dans le titre de l’exposition inscrit d’emblée le travail de Raysse dans une filiation classique et monumentale. Il établit un dialogue assumé avec la statuaire antique, la tradition de la ronde-bosse et l’héritage des grands maîtres, animé par ce qu’il nomme lui-même une « quête de vérité et de beauté ». Sur le plan technique, cette référence se manifeste concrètement dans le recours à la fonte en bronze à la cire perdue - procédé remonte à l’Antiquité grecque et égyptienne -, ainsi que dans une facture soignée qui convoque la mémoire de la tradition séculaire. Pourtant, l’univers sculptural de Raysse se définit avant tout par une hybridité permanente et revendiquée. Il mélange le plâtre et la carte bancaire, le bronze patiné et la guirlande lumineuse, la figurine miniature et la statue de deux mètres. Cette hybridité permet d’affirmer une vision du monde. De l’humour le plus léger à une certaine cruauté sourde : c’est toute l’ambiguïté de la condition humaine que Raysse ausculte et met en forme. Cette tension entre le trivial et le sublime, entre l’éphémère de la société de consommation et la permanence de la matière noble, traverse l’ensemble de sa démarche.

Nourri de mythologies antiques, de contes populaires et de traditions iconographiques multiples, Raysse ne se contente pas d’illustrer des récits préexistants. Il se les approprie, les détourne, les transforme. Ses œuvres ne racontent pas des histoires déjà connues : il en change le genre, le point de vue, la conclusion pour transmettre des émotions universelles. Actéon devient Actéonne : le chasseur masculin puni pour avoir regardé ce qu’il ne devait pas voir se transforme en une femme qui porte ses bois de cerf comme une couronne, qui assume sa propre métamorphose.

« Dans ma vie, il y a toujours eu la peinture à côté de la sculpture, c’est comme la main droite et la main gauche », affirme Martial Raysse. Les deux disciplines ne se font pas concurrence - elles se complètent et se répondent. Ce dialogue entre les médiums, entre l’esquisse et la fonte, entre la couleur et le volume, est peut-être ce qui donne à son œuvre sa densité particulière. Rien n’y est gratuit. La recherche permanente de justesse - de l’accord entre l’intention, la matière et la forme finale - traverse l’ensemble de son travail.



- au bout du chemin, 2006, Fonds Martial Raysse. © ADAGP -


Musée Magnelli Musée de la céramique
Place de la Libération 06220 Vallauris
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