L’Art Déco a de Nouveau la cote…

« L’Art nouveau et l’Art déco font aujourd’hui partie d’un imaginaire largement partagé. Et pourtant, leur évidence même tend parfois à les réduire à quelques motifs ou à des catégories trop nettement établies.
L’exposition « Art nouveau - Art déco. Marseille au cœur des styles » procède de ce constat. Elle s’attache moins à opposer deux langages qu’à en interroger les continuités, les déplacements et les points de tension. Car entre la fin du XIXe siècle et les premières décennies du XXe, il ne s’agit pas seulement d’un changement de style, mais d’une transformation plus profonde des manières de concevoir, de produire et d’habiter les formes, du cadre domestique jusqu’au vêtement. Ces deux mouvements partagent également une ambition commune : rapprocher l’art et la vie. De l’idéal d’un « art dans tout » de l’Art nouveau à la volonté de diffusion élargie de l’Art déco, une même dimension sociale s’affirme, celle d’un art pensé pour accompagner les évolutions du quotidien.
Présentée au château Borély, l’exposition répond également à une nécessité propre au musée. Entre des collections particulièrement riches pour le XVIIIe siècle et des ensembles contemporains, cette période demeurait jusqu’ici en retrait dans le parcours. Il importait de restituer ce moment charnière, non comme une simple transition, mais comme un temps d’invention et de recomposition. Marseille offre à cet égard un point d’observation singulier. Ville de circulations, de contacts et d’échanges, elle ne constitue pas un centre théorique de ces mouvements, mais un espace où ils se diffusent, se transforment et s’adaptent. Si l’Art nouveau y reste relativement discret, l’Art déco y trouve en revanche un terrain plus favorable, en résonance avec les dynamiques économiques et culturelles de l’entre-deux-guerres.
Ce projet s’inscrit par ailleurs dans une réflexion plus large sur les arts décoratifs eux-mêmes. Longtemps situés à la croisée de l’art, de l’artisanat et de l’industrie, ils apparaissent ici comme un champ d’observation particulièrement pertinent pour appréhender les mutations de la modernité. Plutôt qu’un récit linéaire, l’exposition propose ainsi un parcours fait de correspondances, d’échos et de déplacements. Elle invite à porter une attention nouvelle sur des formes familières en les replaçant dans le contexte marseillais et dans les transformations qui ont accompagné l’émergence de nouvelles sensibilités. »

- bouchon de radiateur « Victoire », René Lalique,1928, verre moulé-pressé,
métal Wingen-sur-Moder, Musée Lalique - dépôt Shai Bandmann et Ronald Ooi
© Wingen-sur-Moder, Musée Lalique / Karine Faby -