Les pesticides ont Duplomb dans l’aile...

Pour la première fois, le Conseil d’État s’est appuyé sur « Justice pour le Vivant » pour poser un verrou écologique et sanitaire contre le retour des néonicotinoïdes dans nos champs.




Le jeudi 26 mars dernier, le Conseil d’État a porté un coup d’arrêt à la nouvelle loi du sénateur Duplomb, qui vise à ré-autoriser deux pesticides interdits en France : l'acétamipride et le flupyradifurone. Les magistrats ont reconnu de multiples effets toxiques sur les abeilles et la biodiversité (perturbations de la reproduction, de l'espérance de vie et du comportement, risques démultipliés au contact d'autres pesticides), pointé la persistance délétère du flupyradifurone dans notre environnement et relevé la présence d'acétamipride jusque dans le cerveau de nos enfants !

En s'appuyant directement sur la jurisprudence du recours « Justice pour le Vivant », ils ont rappelé que l'État ne peut plus autoriser de pesticides sans garantir une évaluation rigoureuse de leur toxicité. Un rappel à l’ordre qui a contraint le sénateur Duplomb à revoir sa copie : aucune dérogation à l'interdiction des néonicotinoïdes ne pourra être accordée sans avis scientifique préalable de l’ANSES, l’autorité sanitaire française. 

En 2025, face à la loi Duplomb 1, les associations de protection de l’environnement ont  mené bataille pour démonter un à un les arguments de l’agrochimie, alerter les médias sur les dangers bien réels des néonicotinoïdes et battre le pavé aux côtés de milliers de citoyens et de scientifiques engagés. Le 3 septembre 2025, au sein du collectif « Justice pour le Vivant », elles ont obtenu une décision sans précédent : la justice a reconnu la responsabilité des pesticides dans l'effondrement du Vivant et condamné l'État à renforcer d'urgence l'évaluation de leur toxicité.

Pourtant, malgré la mobilisation massive des défenseurs de la nature, malgré la décision du Conseil constitutionnel - qui a jugé l'usage des néonicotinoïdes contraire au droit de chacun de « vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé » - et malgré la condamnation historique de l’État pour ses carences dans l’évaluation de la toxicité des pesticides, les lobbys repartent aujourd’hui à la charge, comme si de rien n’était.

Le sénateur Duplomb et ses soutiens mènent le combat sur deux fronts : d’un côté, une proposition de loi taillée sur mesure pour contourner la censure du Conseil constitutionnel ; et de l’autre, une série d’amendements prêts à être insérés dans le projet de loi d’urgence agricole pour forcer le retour des néonicotinoïdes en France.

Aujourd’hui, l'enjeu n'est pas seulement de stopper la loi Duplomb 2. Il est de changer en profondeur et durablement la manière dont notre pays autorise, évalue et retire les pesticides – avant qu'il ne soit trop tard.