Le dessalement de l'eau de mer. Une fausse bonne idée…

Le dessalement de l'eau de mer est en forte croissance dans le monde. En France aussi cette option fait son chemin. Pourtant, ce n’est pas la solution miracle. Elle a un coût, notamment en énergie. Malgré tout, un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable estime que le dessalement pourrait être une solution face au stress hydrique et au futur manque d’eau hors et déjà prévisible. Mais les contraintes de ce choix suppose certaines conditions pour la mettre en pratique.



- Usine de dessalement par osmose inverse, Barcelone © James Grellier -


« Si la mission considère qu'il faut changer de paradigme et considérer le dessalement, non plus comme le dernier recours et uniquement en cas d’urgence, mais comme une des solutions possibles pour répondre à un stress hydrique, il y a des conditions pré-requises avant de développer le dessalement » en France. C'est le principal enseignement du rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable publié en septembre dernier. Le but n'est pas de promouvoir le dessalement mais d'informer les autorités et d’« anticiper d'éventuels besoins », précise l'Inspection.

Dessaler l'eau de mer est une pratique qui s'est beaucoup développée après 1945 et a connu un essor exponentiel à partir des années 2000 dans certaines parties du monde. La forte croissance de cette technologie concerne les parties du monde subissant un stress hydrique important (Afrique du Nord, Proche-Orient, Moyen-Orient, pays du Golfe...).

En France, le dessalement est limité aux situations d'urgence. Il existe 15 unités principalement dans les îles (Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Corse, Belle Île...). Le rapport estime qu'il faut changer de paradigme en raison de la progression du stress hydrique sur le territoire. Toutefois, le rapport pointe les impacts et les risques environnementaux liés à la construction et aux équipements des usines (artificialisation, émission de gaz à effet de serre, destruction d'habitats marins ou littoraux...) ainsi qu’au fonctionnement des infrastructures (consommation d'électricité, rejet de saumure, de bromates et de produits chimiques...).

Il existe deux types de technologies de dessalement : les procédés thermiques basés sur la distillation (sel et eau sont séparés par l'évaporation et la condensation) et les procédés membranaires (la séparation est faite à travers des membranes). L'osmose inverse (OI), technique membranaire, est aujourd'hui la plus utilisée. Moins énergivore que la distillation, et moins coûteuse, elle permet d'éliminer la quasi-totalité des PFAS. Pour obtenir 1 litre d'eau douce, il faut 2 à 2,5 litres d'eau de mer.

« Le dessalement ne doit pas être considéré comme une solution de facilité » soulignent les responsables, pour qui la sobriété et la réduction des pertes sur les réseaux doivent rester la priorité. Face aux coûts et aux impacts du dessalement sur l'environnement, ils formulent des recommandations sur les conditions et un cadre préalable au développement d'usines en France, notamment : 

    • définir les territoires prioritaires et anticiper les "futurs déséquilibres entre ressources et besoins" ;

    • rendre obligatoire le monitoring environnemental des usines et la publication de ses résultats ;

    • interdire les rejets dans les zones protégées et dans les zones avec un faible courant ;

    • développer des recherches sur les effets à long terme des saumures sur les écosystèmes et sur le traitement des saumures ;

    • éviter un effet rebond sur la consommation d’eau douce et envisager le dessalement uniquement si le coût complet de l’eau peut être couvert globalement par les bénéficiaires ;

    • analyser les synergies possibles avec les autres industries présentes sur les territoires devant recourir au dessalement, afin de réduire les coûts ou les impacts du dessalement ;

    • utiliser le dessalement prioritairement pour la production d'eau potable et éviter de multiplier des petites unités.

CQFD !