Espagne. La révolution de la démocratie dans le travail…

« Démocratiser nos entreprises pour renforcer nos démocraties et sauver la planète est possible ! »




L’Espagne s’engage aujourd’hui dans l’une des réformes sociales et économiques les plus ambitieuses menées en Europe : instaurer une véritable démocratie économique, à travers la transformation de la gouvernance des entreprises et la reconnaissance d’un rôle réel pour les travailleurs, tant dans la prise de décision que dans la propriété.

À un moment crucial de l’histoire, l’Espagne affirme ainsi un leadership innovant en matière de démocratie sociale et du travail : de l’avancée de la régularisation des personnes migrantes à la mise en place des fondements d’une véritable démocratie économique.

Sous l’impulsion de Yolanda Díaz, le gouvernement de Pedro Sánchez a constitué, le 21 février 2025 à Madrid, un comité d’experts chargé de poser les bases d’un nouveau modèle de développement économique. Dans cette vision, les entreprises sont conçues comme des institutions sociales à part entière, qui ne peuvent plus rester en dehors de la sphère démocratique.

Présidé par la sociologue Isabelle Ferreras, le comité réunit des spécialistes en sciences sociales, droit du travail, économie, philosophie politique, gouvernance d’entreprise et intelligence artificielle. Son ambition est de dépasser les meilleures pratiques existantes dans l’Union européenne, en particulier la co-détermination allemande, tout en s’inspirant des entreprises coopératives capables de poursuivre des objectifs multiples. Le rapport propose une voie espagnole vers la démocratie économique, fondée sur les droits constitutionnels des travailleurs, identifiés dans le rapport comme les « promesses » faites à toutes celles et ceux qui travaillent.

Les travaux du comité s’articulent autour de neuf grands défis structurels du XXIe siècle auxquels sont confrontées aujourd’hui à la fois les entreprises et les démocraties :

  • la crise de la succession dans les PME et de la transmission d’entreprises ;
  • la crise de la compétitivité et de l’innovation ;
  • les enjeux liés au déploiement de l’intelligence artificielle ;
  • la résilience des territoires ;
  • le travail invisible et les chaînes de valeur mondialisées ;
  • l’affaiblissement de la société civile et du syndicalisme ;
  • la pauvreté et l’aggravation des inégalités ;
  • la crise de la démocratie politique ;
  • la crise écologique et le dépassement des limites planétaires.

Le rapport propose un ensemble cohérent d’outils opérationnels, destinés à engager progressivement les entreprises et les travailleurs dans un processus mesurable de démocratisation. Parmi les mesures prévues , il y a  l’introduction de règles ambitieuses pour la représentation des travailleurs dans les conseils d’administration, inspirées des meilleures pratiques européennes, notamment la codétermination allemande ; l e renforcement des droits des comités d’entreprise, y compris un droit de veto sur la conception et le déploiement des systèmes d’intelligence artificielle au travail ; l’ouverture de nouvelles voies vers la propriété des travailleurs, notamment à travers des mécanismes inspirés des ESOP (Employee Stock Ownership Plans), pour faciliter la transmission et la reprise d’entreprises, ainsi que la création de nouveaux fonds citoyens visant à détacher la propriété du capital des seuls investisseurs financiers.

L’ambition est claire. Il s’agit de transformer en profondeur le modèle économique de l’Espagne, actuellement caractérisé par une concentration excessive du pouvoir entre les mains des actionnaires et par une quasi-absence de représentation des travailleurs dans les instances de décision stratégique. À travers cette réforme, le rapport vise à rendre les entreprises plus résilientes et innovantes face aux transitions technologique et climatique, à renforcer la prospérité partagée, réduire les inégalités, améliorer la qualité de vie au travail, encadrer démocratiquement l’usage de l’intelligence artificielle, ancrer l’activité économique dans les limites planétaires (selon la Banque d’Espagne, les trois quarts du territoire espagnol sont menacés de désertification), et, en définitive, régénérer la démocratie politique. CQFDire !

- le rapport : cliquer ici -