Mougins. Quand André Villers rencontre Picasso…

Le Centre de la photographie présente sa nouvelle exposition du 20 février au 7 juin, « Le spectaculaire à l'épreuve de la matière », qui ouvre de nouvelles perspectives artistiques. Le message, c’est le médium, aurait dit McLuhan !




Au début de l’année 1953, à Vallauris, André Villers (1930-2016) croise le destin : Picasso. De cette rencontre naît une amitié et une complicité créatrice de dix ans. Picasso lui offre son premier Rolleiflex, cette « machine à coudre » qui devient son instrument d’alchimie. Pour lui, rien ne sera plus pareil. De Diurnes (1962) à Pliages d’Ombres (1977), Villers s’affirme comme un expérimentateur, découpant, superposant, métamorphosant l’image. Villers, fidèle à l’esprit de Michel Butor, déplace les frontières du récit visuel. L’image n’est plus un miroir documentaire, mais fracture ; elle interroge la distance entre l’auteur, le sujet et le regardeur.

 Aujourd’hui encore, nous voilà incités à refonder la photographie. Avec Elsa Leydier et Clara Chichin, l’acte photographique retrouve la lenteur et la justesse du geste artisanal. Le photographe redevient un cueilleur nomade, un semeur d’images, patient compagnon du vivant. Il faut s’y attarder : la photographie peut, et doit, demeurer un organisme vivant, un corps pigmentaire, composé de signes, d’émulsions et de micro-éléments vibrants

Depuis les années 1970, les fondements mêmes de l’invention de Niépce ont été repris, disséqués, contestés. Désormais, la matière redevient le point d’ancrage. Des mélanges cellulaires imaginaires, d’autres semences encore, laissent espérer qu’elles porteront en elles des formes accordées à leur temps. Le langage des végétaux et des minéraux est convoqué pour penser une autre fécondité créative. Témoignage d’une époque qui refuse de se laisser instruire par la seule chimie ou par la froideur des technologies contemporaines. 

« Il ne s’agit plus de capter, mais d’accompagner le mouvement du vivant ; de se défaire de l’information pour devenir langage sensible. Longtemps enfermée dans la fausse opposition entre document et art, la photographie s’est réduite à une géométrie sans chair. Aujourd’hui, une génération nouvelle reformule l’équation : le signe plastique, la texture, la matière ne dissolvent pas le sens, ils l’ouvrent, ils en élargissent la portée. Redevenue substance, la photographie respire à nouveau. Elle nous offre une scène où la matière devient savoir, où les sensations se font utiles au monde. Derrière la méthode, le choix du matériau pose la nécessité et déroule l’enchaînement des formes. La vie, comme un syllogisme en acte. »

- Vous avez deux heures…

Centre de la photographie de Mougins
43 rue de l’Église 06250 Mougins
tel. 04 22 21 52 12