Sécurité routière 2025. Hausse préoccupante de la mortalité...
17 mai 1973. Des centaines de personnes couchées au milieu de la rue et sur les trottoirs, comme si elles étaient mortes, voitures arrêtées portières ouvertes. Cliché pris lors de l'opération médiatique « Mazamet ville morte » organisée par la Sécurité routière. Durant 15 minutes de nombreux habitants de cette ville du Tarn qui comptait alors environ 16 000 âmes, se sont couché sur la chaussée pour symboliser les 16610 personnes tuées sur les routes de France en 1972 (photo ci-dessous).

Aujourd’hui, les chiffres provisoires publiés par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière pour l’année 2025 sont alarmants. En France métropolitaine, 3 260 personnes ont perdu la vie sur les routes en 2025, contre 3 193 en 2024, soit une hausse de 2,1 %. En y ajoutant les 253 victimes recensées Outre-mer (+6 %), le bilan humain atteint 3 513 décès en une seule année. La gravité des accidents est également en augmentation : près de 16 000 personnes ont été grièvement blessées en 2025, soit une progression de 4 % par rapport à l’année précédente. Les usagers les plus vulnérables paient un tribut particulièrement lourd. En 2025, 501 piétons, 234 cyclistes et 80 usagers de trottinettes ont perdu la vie, confirmant une tendance alarmante et durable.
Pour Maître Julé-Parade, avocat spécialisé en droit du dommage corporel : « Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques : ils traduisent des drames humains irréversibles et révèlent surtout l’affaiblissement progressif de la politique publique de lutte contre l’insécurité routière. » Selon lui, cette dégradation constitue un échec. Depuis plusieurs années, la sécurité routière a cessé d’être une priorité. « La baisse de la visibilité des campagnes de prévention, le relâchement des contrôles routiers et l’absence de réformes structurelles ambitieuses ont contribué à cette hausse continue de la mortalité. »
En effet, si l’on peut saluer la volonté affichée par Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, de reprendre ce dossier en main, force est de constater qu’il a été trop longtemps relégué au second plan de l’action publique. Face à cette situation, il est désormais urgent de reconstruire une véritable politique de sécurité routière reposant sur des moyens renforcés en matière de contrôle, de sanction, mais aussi de formation et de prévention. Sans une action publique forte, lisible et continue, les prochains bilans humains risquent d’être encore plus lourds.
Une politique ambitieuse pourrait reposer sur quatre piliers essentiels :
- le renforcement des contrôles : une présence visible et régulière des forces de l’ordre demeure l’un des leviers les plus efficaces pour prévenir les comportements à risque,
- une réponse pénale lisible et dissuasive : les sanctions doivent être comprises, appliquées et exécutées de manière cohérente afin de restaurer la crédibilité de la norme,
- la formation des conducteurs : l’éducation routière doit être renforcée tout au long de la vie, notamment face à l’émergence de nouveaux modes de déplacement,
- une politique de prévention ambitieuse : les campagnes nationales doivent redevenir régulières, visibles et pédagogiques, en particulier auprès des publics les plus exposés.
[NDLR. Il y a 50 ans, la police était bien plus présente et bien plus visible dans les rues et sur les routes. Aujourd’hui, beaucoup trop de membres de forces de l’ordre restent dans les bureaux à taper des rapports et prendre des plaintes que des secrétaires pourraient tout aussi bien taper. Il est clair aussi que devant une incivilité grandissante, on ne peut pas mettre un policier derrière chaque conducteur. C’est un phénomène de société et à l’impossible, la police n’est pas tenue. Par ailleurs, parmi les multiples causes sociétales de cette regrettable évolution des mœurs, on peut avancer que les permis de conduire sont chers, trop et les assurances aussi. Cela incite de nombreux conducteurs à s’en passer, les… conduisant à prendre des risques inconsidérés, sachant que, responsables d’accidents, s’ils sont insolvables, c’est l’État qui prendra le relais avec l’aide des... contribuables qui n’en demandent pas tant.]