L’agriculture française à l’heure de la Mondialisation…

Longtemps réclamée la libération des marchés n’est pas la panacée. L’expérience et la logique démontrent qu’elle a des limites et des effets pervers. Ainsi les accords avec des pays d’Amérique du Sud posent problèmes.




- agriculture de proximité de nos grand-parents, à taille humaine...


La signature de l’accord entre l’Union européenne et quatre pays membres du Mercosur a été signée au Paraguay, à la suite du vote favorable du Conseil de l’Union européenne intervenu le 9 janvier dernier, malgré l’opposition de plusieurs États membres et la poursuite de mobilisations agricoles.

Le traité vise à faciliter le commerce entre les deux zones par la suppression de droits de douane et l’ouverture de quotas d’importation. Jusqu’à 99 000 tonnes de viande bovine et 180 000 tonnes de viande de volaille issues des pays du Mercosur pourraient ainsi être importées chaque année sur le marché européen.

Cette ouverture commerciale interroge sur la cohérence des politiques publiques européennes. L’Observatoire des Subventions et Aides Agricoles en France (ObSAF) alerte sur l’illogisme entre l’adoption de l’accord UE/Mercosur et les objectifs poursuivis par les politiques agricoles européennes. La Politique agricole commune représente près d’un tiers du budget de l’Union européenne sur la période 2021–2027, soit environ 386 à 390 milliards d’euros, dont une part importante est consacrée au soutien du revenu agricole. Selon la Commission européenne, les paiements directs représentent en moyenne 23 % du revenu agricole, et jusqu’à 33 % lorsque l’ensemble des soutiens publics est pris en compte.

« Les prix plus faibles des productions animales sud-américaines reposent sur des modèles agricoles intensifs et agro-industriels, ainsi que sur des normes sociales, sanitaires et environnementales moins contraignantes que celles en vigueur dans l’UE. Cette concurrence va fragiliser les filières d’élevage européennes, déjà structurellement dépendantes des aides publiques pour maintenir leurs revenus. » exposait Clémence Peyrot, Présidente de l’ObSAF.

L’Observatoire déplore qu'aucun chiffrage consolidé n'ait été rendu public quant à l’impact de l’accord sur les subventions agricoles nationales ou régionales. Les études existantes se concentrent principalement sur les volumes d’échanges et les gains macroéconomiques attendus, sans analyser précisément les conséquences budgétaires pour les finances publiques. Cette aberration apparaît d’autant plus frappante que l’Union européenne affirme faire de la transition agroécologique un axe central de ses politiques agricoles et alimentaires. À travers le Pacte vert pour l’Europe, la stratégie De la ferme à la table et la Stratégie européenne pour la biodiversité, l’UE affiche des objectifs de réduction des intrants, de protection de la biodiversité, de réduction de la souffrance animale et de soutien à des modèles agricoles plus durables.

Dans l’hypothèse où le traité serait maintenu, l’ObSAF soutient la mise en place de clauses dites « miroirs », consistant à conditionner l’accès au marché européen au respect effectif des normes de production en vigueur dans l’Union européenne.

  • Indépendant et non partisan, l’ObSAF a pour mission d’informer citoyens et responsables politiques sur l’argent public alloué à l’agriculture, en centralisant des données dispersées (Union européenne, État, Régions, Départements, chambres d’agriculture, etc.) et en publiant des analyses accessibles, afin de renforcer la transparence démocratique et d’orienter les politiques publiques vers la cohérence et l’intérêt général.