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Cannes : Danièle Mathieu

quitte prématurément la scène.

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Dernier adieu émouvant dans la petite chapelle de la Miséricorde du quartier Forville, à quelques mètres de l'appartement où elle avait choisi de passer sa retraite. Une retraite active, au service de cette ville à laquelle elle était très attachée.


- signe du destin ? Danièle Mathieu ne se doutait pas, en offrant son bouquet au Général de Gaulle (Nice, 1946), qu'elle rejoindrait le RPR puis l'UMP, partis se revendiquant du gaullisme -

Son premier job : secrétaire à la galerie Cézanne, rue Jean-Jaurès. M. Maestroni, un Corse haut en couleur, dirige cette petite entreprise prospère ainsi que l’hebdomadaire Cannes-Nice-Midi. Un lieu incontournable à l’époque. Artistes, hommes politiques locaux, notables s’y croisent. Fernand Dartigues est l’un des principaux rédacteurs du magazine. Au secrétariat, Danielle, petite brune piquante, fait tourner les têtes et ne laisse pas indifférent Bernard Brochand par exemple qu’elle retrouvera beaucoup plus tard et dont elle sera la conseillère municipale lors de son premier mandat de maire de Cannes. Elle connaît bien la dynamique locale et cultive son réseau d’amis d’enfance (André Girone était du nombre) et de relations qu’elle retrouvait régulièrement lors de ses retours au pays durant sa longue carrière de fonctionnaire d’État.

Sa rencontre avec Paul Graziani qui vient à Cannes faire la campagne de Bernard Cornut-Gentille alors ministre des PTT du général De Gaule, sera déterminante. Elle le suivra à Paris et commencera dans son sillage une carrière exemplaire de fonctionnaire d’État. Elle travaillera ainsi pour George Gorse à l’Ambassade de France à Alger et au Ministère de l’information en... 1968 lorsqu’il en prend la tête. Mais c’est surtout comme chef de cabinet à la mairie de Boulogne-Billancourt qu’elle apprend tout ce qu’il faut savoir sur les rouages de l’administration et ses liens étroits avec le monde de la politique. C’est Paul Graziani qui en est le maire, fonction qu’il cumulera avec député, sénateur, président du Conseil général des Hauts de Seine, le plus important de France... Elle est ainsi aux premières loges, spectatrice et aussi actrice. Avec Paul, elle côtoiera les leaders de droite de l’époque, Chirac, Giscard d’Estaing, Balladur, Barre, Neuwirth, Balkany, Karoutchi... et ceux qui allaient le devenir tels Patrick Devedjian et le tout jeune... Nicolas Sarkozy.

Déçue de n’avoir pas été en mesure de participer davantage aux travaux de l’équipe majoritaire de Bernard Brochand, elle décide de rejoindre Philippe Tabarot et passe dans l’opposition lors du second mandat de Bernard Brochand, toujours sous l’étiquette de l’UMP. Son décès a profondément chagriné ses colistiers, ses amis et son frère Bernard. Son compagnon de plus 40 ans, Paul, rapatrié en Corse pour y être soigné, n'était pas là. Pour ses proches, il ne fait aucun doute que cet éloignement a été responsable de la dégradation rapide de son propre état de santé.


- Danièle Mathieu et Paul Graziani, Festival de Cannes, 2007 -

Dans la petite église de la Miséricorde, Pierre Trousset, collaborateur de Danielle et Paul à Boulogne Billancourt rendit un hommage ému à son ami. Il évoqua avec justesse sa vie professionnelle et privée, ses valeurs fortes, son caractère ardent, qui rendent sa disparation si douloureuse. Dans les travées, se recueillirent Bernard Brochand et André Girone, Henri Céran, Paul Simonet, Nathalie Garbay, Jacqueline Héricord... Philippe Tabarot, de retour d’une réunion à Paris, bloqué dans un embouteillage sur l’autoroute, pu in extremis, les rejoindre. Il rendit témoignage de l’amitié et du respect qu’il lui portait dans une lettre où il louait « sa profonde conviction et ses valeurs républicaines. »

Nous avons eu la chance de connaître Dany et d’avoir pu partager des moments de sincères amitiés. Chance aussi d’avoir été le confident d’anecdotes et de faits vécus qui nous ont éclairés sur les aléas de la vie publique et politique de ces 30 dernières années. Nous lui en sommes reconnaissant et, au cas où elle puisse nous voir ou nous entendre, nous lui lançons d'ici-bas un clin d’œil complice.