Paris Côte d'Azur

Magazine d'informations et de commentaires

Le défilé des fausses bonnes idées des uns et des autres...

Éva Joly sur la sellette après avoir éliminé Nicolas Hulot de la course à la candidature écologique.

Crédits:
textes par

Touche pas à mon défilé… militaire, si guerrier soit-il ! Éva Joly, en laissant entendre que, si elle était élue, supprimerait le Défilé du 14 juillet pour le remplacer, peut-être à une autre date, par un Défilé citoyen, c'est typiquement une fausse bonne idée. Quelque soit ses intentions… pacifistes et en ce sens louables, elle a déclenché des réactions meurtrières totalement hors de proportion. Car au fond, cette dame qui a résidé en France pendant 50 ans et y a exercé de hautes responsabilités dans la magistrature, a tout à fait le droit d’avoir des opinions et d’en faire part à ceux qui vont être appelés à se déterminer lors des élections présidentielles.

Est-ce là le meilleur moyen pour l’écologie politique d’engranger des voix ? Pas si sûr que les citoyens soucieux d’environnement, prêts à… défiler pour protéger leur cadre de vie, qui s’interrogent sur la continuation d’une politique énergétique « tout nucléaire », qui s’inquiètent des conséquences sur leur santé des OGM, qui constatent l’encombrement de leur réseau auto routier par les poids lourds, qui passent de plus en plus de temps au volant pour se rendre sur leurs lieux de travail et de loisir, apprécieront la déclaration de la désormais représentante officielle de l’alliance écologique d’EELV. J’en connais même quelques membres qui regrettent qu’elle ait prononcé cette petite phrase.

Quant aux réactions embarrassées de ses alliés, le PS en tête, elles sont comiques. Ses partenaires ne trouvent, pour détourner l’attention sur ce qu’entre eux ils considèrent comme une bourde calamiteuse, d’autres solutions que d’accuser le Premier ministre d’attitude xénophobe. Car pourquoi nier l’évidence. Bénéficiant moi-même d’une double nationalité, je sais pertinemment que je maitrise moins bien l’une que l’autre, tant sur le plan de la culture, de l’histoire, que de la psychologie des gens qui la compose. Je fais partie de ceux qui restent viscéralement attachés au pays qui les a vu naître.

« J'aime de ce pays les secrètes images,
De l'humble citoyen les subtiles raisons,
Les rêves enfouis dans le creux des villages,
Les signes qui font voir le retour des saisons.

J'aime de ce pays les formes du langage,
La musique donnée aux mots par les accents,
Cette voix du terroir, cet unique bagage
Qui nous reste toujours dans l'âme et dans le sang ! »

C’est là que s’est construite ma personnalité, c’est là que sont mes racines. C’est sans doute pour ces mêmes valables raisons que des centaines de milliers de Français issus de l’immigration d’Afrique du Nord, retournent chaque année pour un mois ou plus dans leur pays d’origine. Ils sont fiers d’y amener leurs enfants mêmes si ceux-là n’y sont pas nés… fiers de leur enseigner leur culture, leur langue, leur religion.

Comme nous reconnaissons le droit à Éva Joly d’avoir des idées, nous reconnaissons à François Fillon, celui de considérer que la déclaration de la candidate écologique tombe à un très mauvais moment alors que de jeunes soldats français en mission en Afghanistan se font tuer. En tant que Premier ministre en fonction, François Fillon avait le droit sinon le devoir de réagir à ces propos. Peut-on vraiment lui reprocher d’avoir dit, outre le « Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne de la tradition française, de l'histoire française et des valeurs françaises » que « ce défilé est d'abord le symbole d'une armée qui défend la République… » ?

Autre fausse bonne idée, celle pour Nicolas Hulot de se présenter aux primaires d’EELV. Il ne nous a pas écoutés. Lire ici notre article. Le voilà Gros-Jean comme devant, lui qui avait les sondages en sa faveur et partait gagnant. Certes, il a été courageux et correct malgré des attaques… vaches venant de ses adversaires. Il lui faut maintenant positiver alors qu’il a pris tous les risques. Risques financiers, retrouvera-t-il la confiance de ses sponsors, des entreprises « plus capitalistes, tu meurs ! », lui qui était prêt à faire cause commune avec des Verts devenus « plus d’extrême gauche, tu meurs ! » ? Risque aussi de voir sa popularité en chute libre auprès des Français, de ceux du moins qui n’aiment pas le mélange des genres. Or Nicolas était devenu, un peu comme Jacques Yves Cousteau, un pédagogue de l’écologie, soucieux d’éveiller notre conscience, de nous responsabiliser. Par son passé, par ses discours, il pouvait passer pour un porte-parole d’une écologie qui était perçue comme étant davantage de droite que de gauche. Ceux qui l’ont fait trébucher le savaient bien. Il n’était pas de leur monde, il n’était pas vraiment un homme de gauche. Ils savaient aussi qu’élu, Nicolas serait difficilement gérable en matière de communication… et d’argumentaire. Après avoir pédalé dans la choucroute, il ne lui reste plus maintenant qu’à se recycler… et à pédaler en arrière.

Alain Dartigues