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Cannes : le projet d'agrandissement du Palais des Festivals fait débat.

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L’opposition présente une version allégée.

- en gras, à gauche le contre-projet Tabarot, en haut à droite, la Rotonde -

Au projet sorti des tiroirs de la municipalité cannoise (lire ici), l’opposition amenée par Philippe Tabarot… oppose le sien. Beaucoup moins coûteuse, on serait tenté de dire, beaucoup plus raisonnable. Car, outre le pari sur l’avenir que le projet, porté par Bernard Brochand et David Lisnard, fait peser sur les finances de la ville, elle part de l’idée que le marché du tourisme d’affaires continuera de croître, qu’il poursuivra sa marche gourmande (en chambres d’hôtels principalement). Or, rien n’est moins sûr et même si cela était le cas, nous nous heurtons sur la Côte d’Azur à une évidence : il n’y a que 25 000 chambres comptabilisées.

Exemple. Dans un scénario favorable espéré, la reprise du secteur immobilier, le MIPIM cannois passerait (pendant… 3 jours par an) de 18 000 participants cette année, à 40 000 voir 50 000. À ce niveau, les Alpes-Maritimes ne pourraient pas suivre : pas assez de chambres (voir plus haut). À moins de fractionner leur manifestation (ce qui n’est toujours pas envisagé), les organisateurs n’auraient pas d’autres choix que de trouver un autre lieu d’accueil et il y en a en Europe. L'Allemagne et la… Catalogne, sont prêtes à ouvrir leurs bras. Même en offrant de plus grandes surfaces et des fonctionnalités nouvelles, à des sociétés en expansion, ni la ville ni le département ne pourraient répondre à l’impérieuse obligation de loger décemment les participants à une raisonnable distance de leur lieux de rendez-vous et de travail.

Pour revenir sur l’évolution du marché des salons professionnels, les derniers chiffres du MIDEM (4 jours d’activité par an), indiquent ce qui semble bien malheureusement être la tendance dans certains secteurs, une orientation à la baisse. L’industrie française du disque a vu diminuer son chiffre d’affaire de 50 % en 7 ans. Même si cette baisse n’a été que de 3,3 % en 2009, ce n’est pas la joie et la fréquentation du salon a diminué cette année de 10 %.

Le magazine Forbes et des cabinets américains se posent même la question de fond. Ils se demandent sérieusement si ces Salons ont encore un avenir. Pourquoi doit on se réunir physiquement ? Quels sont les coûts carbone, financier et le temps passé hors de l’entreprise ? En attendant, la régionalisation des événements Europe, USA, Asie est déjà en marche. Ainsi Reed (principal pourvoyeur de salons et de festivals dans le monde) organise un MIPIM Asia à Hong Kong…

On ne peut pas nier cette problématique et la nécessité de l’intégrer dans toute prospective. C’est en grande partie pour cette raison que les conseillers municipaux du groupe de Philippe Tabarot, avec l’appui de Jean-Louis Cier, ancien directeur de l'Urbanisme de la Ville, plutôt que de rester dans une opposition systématique et facile, ont planché sur un projet qui, à l’inverse de celui de la majorité en place, prend en compte cet élément et proposent, pour limiter les risques, un projet polyvalent.

Point commun entre les deux projets, la proximité de l’extension avec le « Bunker » et son implantation en souterrain, bien que dans le projet Tabarot, l’ étage d’accueil évènementiel serait semi enterré, ce qui lui permettrait de voir… le jour, et de capter quelques rayons du soleil azuréen. Le projet Brochand se trouve lui à l’est du Palais, sous le square Reynaldo Hahn, tandis que celui de son concurrent est situé quai Laubeuf avec une intégration dans le site qui dépasserait de moins de 5 mètres le parking actuel avec un jardin public en couverture.

Autre point positif du projet Tabarot un parking public de 700 places, qui permettrait de disposer, à cette entrée ouest de la ville, d’un parking de dissuasion, avec une quadruple fonction, arrêter les véhicules qui arrivent par le bord de mer, afin d’éviter d’engorger le centre ville et accueillir les véhicules : des passagers pour les îles, des baigneurs des plages du midi, des clients des restaurants.

Question budget, le projet Brochand est à plus de trois fois (83 M€) celui du projet Tabarot pour 7 200 m2 exploitable, contre 10 000 m2 pour l’autre.

Autre point de discorde, la volonté pour les auteurs du projet Brochand de confier l’exploitation du Palais et de ses extensions à un opérateur qui en prendrait pour 40 ans (au lieu des 10 traditionnels). Le chiffre parait faramineux car, où seront d’ici là, tous ceux qui auront participé à cette décision ? Pour Philippe Tabarot, trop c’est trop. Ainsi rédigée, cette délégation de service public risquerait « de mettre cet équipement dans les mains d'un partenaire qui va le gérer, pendant quarante ans, uniquement en terme de chiffre d'affaires, sans favoriser les retombées dans l'économie locale. Rien ne l'empêchera d'accueillir par exemple des boutiques et des restaurants au détriment des commerces cannois. »