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Alpes-Maritimes : Le Conseil général condamné,

minimise l’affaire des « Balcons du Mercantour » et les dégâts occasionnés...

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Le Conseil général des Alpes-Maritimes s’est vu communiquer officiellement la décision de justice du Tribunal de Grande Instance de Nice concernant le dossier des Balcons du Mercantour. Elle n'est pas en sa faveur. Condamné à 15 000 € d'amende, le Département ne fera pas appel. Le jugement vise la collectivité et n’est donc pas nominatif, a tenu à préciser le service de presse. Il a bien fallu néanmoins que des personnes soient à l’origine du projet, le valident et décident de le réaliser puis de le défendre lorsqu'il fut attaqué. Il a bien fallu pour en arriver là, sinon des coupables, du moins des responsables…

  

Le Conseil général préfère, plutôt que de s’auto-flageller, minimiser l’accident de… parcours et considérer qu’il s’agissait d’une « affaire bénigne malgré le fort retentissement médiatique qu’elle a pu engendrer. » Refrain connu : c’est la faute aux médias ! Pourtant, on peut s’interroger sur l’issue du conflit entre pro et anti Balcons, si les médias n’avaient pas agité la sauce. Comme la résistance venait de la base et que des fonctionnaires étaient concernés, les pressions auraient bien pu s’exercer sur eux et fausser le débat…

Résumé des faits. Le projet des Balcons du Mercantour vise à doter le département d’un grand itinéraire accessible à un large public de randonneurs, empruntant des sentiers panoramiques, entre 2 000 et 2 700 mètres d’altitude, selon un profil en balcons ; 140 km de cheminement au départ de Saint-Dalmas-le-Selvage, au plus près de la crête franco-italienne, entre la Tinée, la Vésubie, la Roya et la Bévéra. Une fois voté, une Commission fut chargée, en 2008, du suivi. Elle se réunit régulièrement sous la responsabilité du président du Parc National du Mercantour, qui est alors Gaston Franco, un gars du haut pays et conseiller général. L’idée était ambitieuse, généreuse même, puisqu’il s’agit d’offrir au plus grand nombre la possibilité de profiter de paysages et de balades exceptionnelles dans les Pré-Alpes Méditerranéennes. Richesses naturelles fragiles et à risques si l’on y multiplie les allers et venues sans précaution, sans limites. On a pu voir, depuis la création des premiers parcs aux États-Unis d’Amérique et chez nous, combien le succès de ces entreprises nécessitait une gestion précise et contraignante pour ne pas ruiner les lieux mêmes mis à disposition du public. Un mariage difficile, comme si « protéger et montrer » étaient parfois quasi incompatibles…

Le Conseil général des Alpes-Maritimes allait en faire l’expérience. Ce projet implique en effet des travaux relativement lourds avec des engins de terrassements dans des zones peu accessibles. Et ce, sur des zones au biotope fragile et déjà protégé par des arrêtés. Malgré les inquiétudes et les avertissements de professionnels de la montagne et d’associations de protection comme Vigilance-Mercantour, un Club Alpin Français qui s’émeut, une pétition qui circule et fait des propositions raisonnables, les travaux démarrent à coups de pelleteuse. Ils provoquent un tollé et les médias en font une affaire… médiatique, dénonçant aussi le coût du projet, 20 millions €. Les travaux sont suspendus.

Aujourd’hui, le Conseil général - cette entité qui se garde bien d’impliquer qui que ce soit, alors que l’on sait pertinemment que Christian Estrosi en personne (alors président en titre du CG) et Éric Ciotti (actuel président du parc), étaient montés au créneau pour défendre ce projet - minore les dégâts. Il ne s’agissait, dit-elle, que de « quelques centaines de mètres carrés d’espèces végétales protégées » qui n’auraient en aucune façon été menacées de disparaître « puisqu’on les trouve partout ailleurs présentes sur de très grandes surfaces et en grand nombre. » C’est oublier un peu vite, que, si les travaux n’avaient pas été stoppés, les dégradations auraient pu être beaucoup plus importantes et définitives. Sans parler du fond même du problème, l’opportunité de trop faciliter l’accès à des lieux d’exception dont l’accès difficile est la meilleure protection qui soit, et la moins chère pour le contribuable…

Le Conseil général se défend aussi du reproche qui lui est fait de ne pas avoir saisi le Conseil National de la Protection de la Nature. Il argumente, affirmant que, « soucieux du respect des procédures, le Département avait saisi, pour la définition du tracé, le Parc national du Mercantour et l’Office National des Forêts (ONF), dans le strict respect de la réglementation en vigueur. Le Conseil général avait calqué sa procédure sur celle régissant les travaux de sentiers réalisés par le Parc national du Mercantour sans saisine du CNPN. » On peut, à cette lecture, se poser la question : ces procédures sont-elles vraiment suffisantes pour garantir l'impartialité nécessaire à ce genre d’entreprise ?

Quoiqu’il en soit, le Département prend acte de cette décision de justice, et ne fera pas appel. Mais le projet est loin d’être abandonné dans sa totalité. Ainsi, « les Balcons du Mercantour proposeront un itinéraire de randonnée de haute altitude reconnu internationalement, en améliorant les équipements existants. Il n'est pas prévu de construction nouvelle dans la zone protégée du Parc National du Mercantour, hormis le projet de refuge du camp des Fourches, s'appuyant sur l'existence d'un bâti qui reste bien entendu soumis à l'autorisation préalable du Parc National du Mercantour. »

Souhaitons que la leçon a été retenue et que les décideurs… politiques arrêtent de faire des caprices de divas. Qu'ils prennent donc l'habitude de consulter toutes les parties concernées… en amont !