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Festival de Cannes : devine qui ne viendra pas dîner ce soir…

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L’un fait la fine bouche, l’autre la fine mouche…


- photo Quitot - FIF -

Nicolas Hulot hésite. Viendra, ne viendra pas. Il aimerait bien donner un coup de pouce à son film, Le syndrome du Titanic, et surtout aux producteurs qui ont pris de sacrés risques mais il ne se sent pas à l’aise dans la foule et appréhende l’ambiance qui règne à Cannes pendant le Festival. Et il le dit. Les élus de la majorité municipale en font des gorges chaudes. « Qu’il reste donc chez lui plutôt que de vivre un cauchemar et qu’il laisse à l’autre… l’honneur de venir chez nous ! », s’étranglent ces défenseurs de l’honneur bafoué d’une ville où l’industrie du luxe ne s’encombre pas beaucoup de préoccupations environnementalistes. Lire ici notre article.

Si j’osais parodier Ségolène Royal, j’écrirais à Monsieur Nicolas Hulot : « je vous demande pardon » pour les dérapages verbaux et le manque de civilité de ces élus de la république. Ils n’ont pas apparemment la fibre écologique très développée ni le sens de la mesure. Il est vrai qu’à Cannes, rares sont ceux qui s’inquiètent vraiment d’un urbanisme qui ne laisse guère de place à ce genre de préoccupation. Strass, paillettes, font l’affaire, l’eau des douches coule à flot l'été sur les plages de La Croisette, tandis que les baignoires des palaces débordent … tandis aussi que les bateaux de croisières apportent une manne qui remplissent les tiroirs caisses des commerçants et que les déchets s’accumulent, au point qu’on ne sait plus où les mettre sinon à les exporter dans des départements voisins. À nous l’or et… l’argent, à eux les ordures !

Pour Francis Ford Coppola, la question ne se pose même pas. Il ne viendra pas à Cannes et ce malgré l'invitation qui lui a été faite. Et le petit monde festivalier de s’émouvoir. Un des derniers monstres du cinéma mondial bouderait-il Cannes, ses… strass et ses paillettes, ses seins siliconés, ses mannequins anorexiques, ses montées des marches ? Ferait-il fi de ces « immenses » critiques cinématographiques qui sont censés faire la carrière d’un film, le succès d’un réalisateur, la gloire d’un artiste ? Plus sérieusement, il n’a peut-être cherché qu’à se concentrer sur la sortie américaine de son film « Tetro », qui dépeint les hauts et les bas, les rires et les pleurs d'une famille d'artistes immigrés en Argentine… saga un brin autobiographique. Une tempête dans un verre d’eau, le soufflé se dégonfle

Pourtant, Francis Ford Coppola avait tenu à lui tout seul le Festival de Cannes en 1979, débarquant de New-York avec famille et amis pour présenter Apocalypse Now et rafler la Palme d’or qu’on lui avait promise en échange de sa venue. Chauffeur du Festival, j’étais allé le chercher à l’aéroport de Nice. Il avait loué deux jets privés et ramenait dans ses bagages, des caisses de balles de golf, des barquettes de bagels, de pâtisseries grecques et de fromage Philadelphia… Je le déposais au Carlton où il avait loué un étage et amenait ses balles de golfs et ses Baklavas sur un yacht aux couleurs de… l’Apocalypse, stationné dans le vieux port.

Son passage laissa des traces, ne serait-ce que dans la mémoire de Gilles Jacob, qui y fait référence dans son dernier livre : La vie passera comme un rêve (Laffont). Il évoque la paranoïa et l’ego surdimensionné – indispensable ingrédient de la réussite – de cet « immense » réalisateur qui, après de nombreuses pressions exercées sur le jury qui préférait le Tambour de Volker Schlöndorff, avait dû partager… sa Palme. Il s’en suivit un épisode un peu tendu avec le président Jacob qui affirme ne pas lui en tenir rigueur. Coppola s’en souviendrait-il, lui ?