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Côte d’Azur : les plages privées reprennent leurs marques,

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le béton aussi… Quid de la « Loi littoral » ?

Le remue-ménage qui, cet automne et cet hiver a chamboulé le littoral azuréen a causé bien du tracas aux communes qui en ont la charge. Des routes de bord de mer ont dû être fermées, des travaux d’aménagement et de remise en état entrepris… Ce remue-ménage a aussi causé bien des ennuis aux plagistes qui ont vu leurs installations parfois entièrement détruites par la fureur des flots. Une opération qui se reproduit avec une constante régularité. Il ne semble pas d’ailleurs que le dérèglement du climat ralentisse le phénomène. Il aurait plutôt tendance à l’accentuer.

Malgré le fait qu’on puisse compatir aux déboires de chefs d’entreprises qui créent de l’emploi saisonnier et parfois pérenne pour ceux qui ouvrent leurs établissements tout au long de l’année, on est bien obligé de constater que la « loi littoral » est loin , bien loin, d’être appliquée avec rigueur. Sans doute convient –t-il de l’adapter à la réalité du terrain, à des habitudes, à des passe-droits, à des arrangements à l’amiable dont certains datent de plusieurs mandatures, justement à une époque où n’existait pas cette loi et où il n’y avait pas le feu au lac… La demande et l’offre étaient faibles et ne donnaient pas lieu à inquiétude ; la plus grande tolérance était alors de mise.

C’était au temps où les plages se déshabillaient en hiver. Le sable et les galets à nouveau à découvert, affrontaient sans grande crainte les aléas des saisons, sûrs de retrouver en temps utiles leur aspect primitif, propre à accueillir les vacanciers. Et puis, l’offre s’est étoffée, diversifiée et les plagistes qui vendaient des pains bagnat se sont mis à la cuisine, avant, pour les plus osés, de se lancer dans des exercices plus… gastronomiques. Pour faire bref, disons que les plages se sont couvertes de restaurants et que la saison qui durait dans les années soixante, de juin à octobre, s’est progressivement étendue… pendant que la surface de sable ou de galets ne cessait elle, de diminuer…

L’hiver cette année fut particulièrement rude et de nombreux professionnels en ont souffert. On peut voir qu’ils se sont remis au travail et que, malgré la volonté affichée de l’administration préfectorale, rien n’a vraiment changé. Les quelques coups de semonces à l’égard des contrevenants n’ont pas empêché les bétonnières de venir réparer les maux de l’hiver et de combler les vides. L’effet d’annonce du préfet de vouloir mettre à plat le dossier littoral ne paraît pas avoir eu l’effet escompté.

Rien que sur la Côte d’Azur, combien de milliers de mètres carrés de sable et de galets dorment sous le béton et autres planchers en dur qui, si certains sont démontables – ce qui ne veut pas dire qu’ils sont chaque année démontés - ne le sont que les jours où la mer reprend ses droits et sort des limites qu’on lui a autoritairement fixé ?

Il est clair que la « loi littoral » gêne les commerçants et les élus. Les touristes y voient leurs intérêts qui sont à court terme : prendre son repas au bord de l’eau, sans même avoir à enlever ses chaussures, quel confort ! Touristes qui semblent être devenus plus sensibles à la gastronomie qu’à la baignade… ne parlons même pas de pratiquer la natation.

Certaines mauvaises langues parlent d’un véritable détournement de destination et de vocation. Pourquoi des plages et pourquoi les engraisser avec du sable si c’est pour y couler du béton et la voir rapetisser comme peau de chagrin ? Pourquoi une loi si ce n’est que pour l’appliquer le temps que des photographes et F3 en fassent un sujet d’actualité ? Pourquoi penser au long terme, à l’intérêt des générations futures ? Pourquoi enfin des aides, prélevées sur des fonds publics, attribuées à des entreprises, qui ont fait le pari, en toute connaissance de cause, de s’installer sur le bord de mer. Oui, l’hiver, il y a des coups de mer ! Il y a aussi des lois - on le constate - qui devant les risques de troubles à l’ordre public, face aux intérêts économiques, aux pressions politiques, savent se faire… discrètes.