Nice. Matisse et Saint Laurent sur la même lice…

Réunissant 160 œuvres - vêtements haute couture, de traditions populaires, peintures, dessins, textiles, accessoires et documents d’archives -, le Musée Matisse Nice propose, du 17 juin au 28 septembre, un parcours inédit mettant en lumière la profonde unité des liens que le couturier, l’un des plus grands innovateurs de la mode française, a... tissés avec l’art d’Henri Matisse, l’un des plus grands artistes de son temps.




Pour Henri Matisse (1869-1954), les imprimés décoratifs, leur dynamisme, deviennent le moyen de créer un espace pictural qui « s’étend au-delà des limites du tangible » ; pour Yves Saint Laurent (1936-2008), la peinture offre la possibilité de passer du plan au volume, de concevoir le vêtement comme un mobile qui se déploie dans l’espace, un art en mouvement. 

Coudre et peindre sont des gestes qui concourent à une « même expérimentation de la ligne, une même justesse dans le maniement des contrastes, entre les matières et le volume ». Henri Matisse et Yves Saint Laurent partagent à cet égard un champ lexical commun : « tailler dans la couleur », « taper dans la matière ». Né dans le nord de la France, dans un environnement  marqué par l’industrie textile, Henri Matisse développe très tôt un intérêt profond pour les étoffes, les costumes et les accessoires. Ainsi, qu’elle relève de la haute couture ou de confections plus populaires, la mode traverse son œuvre et en constitue un trait significatif. Nombre de vêtements donnèrent leur titre à bien des tableaux présentés aujourd’hui dans l’exposition.

L’art moderne a trouvé un écho particulier chez Yves Saint Laurent, qui s’imprègne de ceux qu’il appelle, à la suite de Nietzsche, ses « fantômes esthétiques ». Parmi eux, Matisse constitue une source d’inspiration et de créativité. Sans le copier, le couturier s’en nourrit d’abord à travers les ouvrages de sa bibliothèque personnelle - dans laquelle le peintre figurait en bonne place -, puis en collectionnant avec son compagnon, Pierre Bergé, des œuvres du maître. Bien au-delà des citations qu’il a faites de l’artiste à travers plusieurs collections au cours des années 1980 et 1990, il l’a subtilement observé tout au long de sa carrière, admirant chez celui-ci l’audace des couleurs, la violence des accords et le goût de l’ornement. Il a saisi l’essence des procédés créatifs de Matisse, comme celui des papiers gouachés découpés permettant de « dessiner avec des ciseaux ».

Dans les ateliers niçois de Matisse, les tissus, costumes et objets se confondent avec les papiers peints pour créer des ambiances riches de matières et de motifs dans lesquelles le peintre multiplie les scènes d’intérieur, peignant, dessinant et sculptant des jeunes femmes nues ou qu'il habille de vêtements de sa collection. Plus tard, les gouaches découpées épinglées au mur, déplacées, ajustées jusqu’au juste équilibre, participent pleinement de l’épanouissement d’une des révolutions picturales du XXe siècle.

Dans l’atelier d’Yves Saint Laurent, la silhouette se construit par réglages successifs au moyen de dessins épinglés sur des panneaux de liège, de tables de travail encombrées d’objets et de miroirs, dans un dialogue permanent entre le regard et la matière. Dans leurs processus créatifs respectifs, les Polaroïd d’Yves Saint Laurent racontent le vêtement en cours d’élaboration, tandis que les états de la peinture chez Matisse documentent la progression de l’œuvre.

L’exposition vise à mettre en lumière ces correspondances et à faire dialoguer les œuvres des deux artistes. Elle s’appuie sur les riches collections du Musée Matisse Nice et sur celles de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent, complétées par de prestigieux prêts, français et internationaux.



- Yves Saint Laurent avec le tableau de Matisse « Les Coucous, tapis bleu et rose »
© Duane Michals -