Hôtel de Caumont : Toulouse-Lautrec créateur d’icônes…

- Henri de Toulouse-Lautrec, Jane Avril, 1899,
collection particulière, © Peter Schälchli -
Quand on songe à Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901), c’est tout un monde de frous-frous et de French Cancan, avec ses danseuses souples et hardies, qui surgit spontanément dans notre esprit. On ne peut guère, de nos jours, imaginer la vitalité sauvage qui caractérisait le Montmartre de la fin du XIXe siècle. Ou plutôt, si on le peut encore, c’est par les lithographies, les affiches et les tableaux que donnait, soir après soir, un petit homme disgracié (mais toujours tiré à quatre épingles), lui qui avait fait de cet univers crapuleux son royaume et sa principale source d’inspiration. Du reste, si ce quartier de Paris attire encore autant de touristes aujourd’hui, c’est pour une grande part à son génie singulier qu’il le doit.
De ce point de vue, la nouvelle exposition de l’hôtel de Caumont ne s’écarte pas de cette célébration aussi joyeuse que nostalgique. Elle insiste même sur le rôle majeur qu’a joué le peintre albigeois dans ce processus de mythification. Car sans lui, qui se rappellerait encore de danseuses comme Jane Avril, Yvette Guilbert, May Belfort et surtout Louise Weber dite la Goulue ? Leurs affiches, d’abord lithographiées, appartiennent désormais à notre patrimoine national, au même titre que l’Olympia de Manet ou les petites danseuses peintes par Degas. Toute distinction abolie entre art majeur et art mineur.
Durant sa brève et douloureuse vie, Toulouse-Lautrec a mis ainsi une grande partie de sa créativité au service de ce qu’on appelait alors la réclame. Pas seulement celle des cabarets qu’il fréquentait (comme les Ambassadeurs, fief de son ami, le chansonnier Aristide Bruant), mais aussi de publications comme Le Matin et la Revue Blanche. Il a peint aussi beaucoup d’œuvres plus personnelles, comme on le (re)découvre ici. A commencer par ces scènes hippiques - une autre de ses passions - et ces portraits de jolies femmes saisies dans un décor bucolique. Néanmoins, tout le ramenait aux lieux de plaisir et à ces filles dite « de mauvaise vie » dont il était l’observateur privilégié. Mémorialiste des bordels, mais avec quelle tendresse ! C’est ce qui saute aux yeux devant une petite huile sur bois comme « La toilette, madame Poupoule » (1898). On pourra d’ailleurs, dans cette section, comparer son style avec celui d’autres peintres de la vie nocturne comme Kees Van Dongen ou Jean Beraud.
On ira voir certainement cette belle exposition pour son aspect virevoltant et flamboyant : une manière de s’introduire dans cette époque révolue dont les outrances n’en continuent pas moins de nous fasciner. Les habitués de l’hôtel de Caumont ne manqueront pas d’établir un parallèle avec celle consacrée, voici deux ans, à un autre grand affichiste de « la belle époque », Alphonse Mucha.

- Toulouse Lautrec, Le jockey,1899 -