Arts. « Mais où sont les femmes ? »…

- Berthe Morisot, Jeune fille alanguie -
FAMM, premier musée au monde en dehors des États-Unis dont la collection permanente est dédiée aux femmes artistes, renouvelle entièrement son accrochage. Initialement conçu depuis l'impressionnisme, le parcours commence dorénavant depuis le baroque avec une œuvre exceptionnelle de plus de 2 mètres de hauteur datant de c. 1649-50, créée par le symbole de la lutte féministe dans l'histoire de l'art : Artemisia Gentileschi.
Le parcours se poursuit avec les impressionnistes. Le visiteur retrouvera toujours les noms incontournables de ce mouvement, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Marie Bracquemond et Eva Gonzales, avant de plonger dans l'univers onirique et parfois terrifiant du surréalisme, notamment avec Leonora Carrington, Jane Graverol, Mimi Parent, Marion Adnams et Sofía Bassi, qui côtoient l'artiste italo-argentine Leonor Fini, connue pour ses figures féminines puissantes, énigmatiques et subversives, qui renversent les codes traditionnels de représentation. La dernière trouvaille de Christian Levett, « Dans la tour », une huile sur toile de 1952, rejoindra également les cimaises du musée très prochainement.
Au premier étage, le visiteur découvrira l'abstraction avec les Américaines telles que Sonia Gechtoff, Pat Passlof, Ethel Schwabacher, Miriam Schapiro, Michael Corinne West et Perle Fine. Elles travaillaient à New York dans les années 1950 et 1960, au même moment et dans les mêmes cercles que les grands noms masculins du mouvement comme Jackson Pollock ou Marc Rothko mais leurs noms n'ont pas eu la même couverture médiatique. À noter également Emmi Whitehorse, dont l'œuvre singulière mérite l'attention : sa pratique abstraite, ancrée dans son héritage navajo, dialogue avec ce groupe sans s'y confondre. Deux artistes contemporaines, Kirsty Chan et Woo Min Jung, montrent de l'évidence de l'impact des AbEx d’après-guerre sur la scène actuelle.

- Christian Levett devant Two Women, 1954, Grace Hartigan -
Parmi les récentes acquisitions exposées au public à cet étage on retrouve une huile de 1970 de la Finlandaise Iria Leino dont le parcours est remarquable. Mannequin pour Balmain, Dior et Cardin, elle abandonne tout pour la peinture, s'installe à New York en 1964 et développe une abstraction à l'acrylique qui a retenu l'attention du célèbre galeriste Leo Castelli. L'œuvre présentée au FAMM appartient à sa série « Buddhist Rain » (1968-1972), dans laquelle l'artiste développe une approche méditative de l'abstraction, versant l'acrylique directement sur toile brute dans un geste à la fois précis et contemplatif.
La troisième galerie marque le temps de la figure, de l’autoportrait et de la représentation des femmes par elles-mêmes. On y retrouve trois œuvres de Leonor Fini, parmi lesquelles les cornes en or dont l’artiste aimait s’affubler, ainsi que deux toiles, dont « L’Autoportrait avec Stanislao Lepri » (1942-43), qui réunit Fini et son compagnon de vie, le peintre italien Stanislao Lepri.
Dans cette même salle, une confrontation particulièrement forte : « Hand-Heart for Ana Mendieta » de Carolee Schneemann, réalisée en 1986 en hommage à son amie disparue l'année précédente dans des circonstances jamais entièrement élucidées, dialogue avec une œuvre originale d’Ana Mendieta, « Untitled », datée de 1973. Exilée enfant de Cuba vers les États-Unis, Mendieta est connue pour ses « Siluetas ». Procédé où elle imprime sa silhouette dans la terre, le feu ou le sang, mettant en scène une fusion directe entre corps féminin et paysage.
Entre autres, Hannah Höch, Françoise Gilot, Elaine de Kooning, Alison Watt, Suzanne Fabry, Barbara Tate et Sabine Monirys complètent cet accrochage aux côtés des émergentes, parmi lesquelles Marianna Simnett et Sofia Ruiz.
Un mur de dessins rassemble des œuvres sur papier de Lee Krasner, Alice Neel, Berthe Morisot, Marie Bracquemond, Mercedes Matter et Cecily Brown, tandis qu’un mur photographique restitue les portraits de Lee Miller, Kati Horna, Bernice Kolko et Dora Maar, rappelant que ces femmes se représentaient, se documentaient et se soutenaient mutuellement bien avant que les institutions ne s’en souviennent. Le parcours s'achève sur l'art contemporain du XXIe siècle : Clare Rojas, Anj Smith, Alice Kettle, Candida Höfer, Joana Choumali, Kimathi Mafafo, Rita Maikova, Caroline Absher et Chloe Wise. Plusieurs de ces œuvres ont été acquises en 2024 et 2025, confirmant la vocation du FAMM à présenter non seulement l'histoire, mais aussi sa continuation active. CQFD !
