Le frelon asiatique : une peste...

- les abeilles, principales victimes,
photo (c) M.D.M -
Cette espèce invasive représente un danger réel, tant pour les pollinisateurs que pour la sécurité des personnes à proximité d’un nid. Avec des solutions artisanales qui s’avèrent souvent non sélectives et mal encadrées, pouvant aggraver la situation, la prévention et le recours à des professionnels formés restent les seules approches efficaces et responsables.
Eric Darrouzet, spécialiste du frelon asiatique à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (Université de Tours) répond à quelques questions :
- Pourquoi ne faut-il pas recourir aux pièges « faits maison » contre le frelon asiatique ?
- Parce qu’ils sont à la fois inefficaces contre le frelon asiatique et très destructeurs pour la biodiversité. De nombreux conseils circulent, comme suspendre un sac en papier kraft pour imiter un nid ou fabriquer des pièges avec des bouteilles en plastique remplies de liquide sucré. Pourtant, aucune donnée scientifique ne démontre l’efficacité de ces méthodes. En revanche, leurs effets négatifs sont bien réels : pour 2 à 3 frelons capturés, ce sont entre 1 500 et 2 000 autres insectes qui sont piégés chaque semaine. Ces dispositifs artisanaux, non sélectifs, capturent massivement des espèces utiles (papillons, mouches...). Cela contribue à un déclin déjà préoccupant celui de près de 74 % de la biomasse d’insectes disparu en un demi-siècle. Autre effet contre-productif, les insectes capturés libèrent des phéromones lors de leur noyade, susceptibles d’attirer davantage les frelons à proximité. En résumé, ces pratiques donnent une illusion d’action mais elles aggravent en réalité le problème au lieu de le résoudre.
- Dans quels cas le piégeage est-il utile ?
- Le piégeage ne doit être envisagé que dans un cadre strict, encadré et collectif. Il doit s’agir de campagnes organisées qui impliquent : l’utilisation de pièges sélectifs sans noyade, une gestion quotidienne avec des relevés réguliers, la libération systématique des insectes non ciblés (abeilles, papillons, mouches…). Ces campagnes sont généralement à mener entre début mars et fin mai, avec une adaptation selon les régions.
- Quelles sont les bonnes pratiques pour se protéger efficacement ?
- La priorité doit être donnée à la surveillance des nids primaires. Les particuliers peuvent inspecter régulièrement leurs abris de jardin, abris à voiture, nichoirs, boîtes aux lettres, buissons, haies et arbres où les frelons asiatiques aiment se loger. Un nid primaire peut parfois être détruit par un particulier mais dès que la colonie se développe, l’intervention d’un professionnel devient impérative. Une colonie peut compter plusieurs centaines d’individus, avec un comportement très agressif à proximité de leur nid. Les professionnels disposent d’équipements adaptés, plus protecteurs que les combinaisons d’apiculteurs, et d’une expertise comportementale indispensable pour intervenir en sécurité. Enfin, il est important de ne pas confondre le frelon asiatique avec le frelon européen, espèce locale utile qui régule notamment les populations de mouches. Pour cette espèce européenne, si le nid ne représente pas de danger, sa destruction n’est pas recommandée.
- Prosane - Association des Professionnels de la Protection de la Santé et des Environnements - fédère les entreprises du pest management : prestataires de services, fabricants, formateurs et distributeurs.Elle œuvre pour la professionnalisation du secteur, la montée en compétences des acteurs, et la promotion de pratiques responsables au service de la santé publique et de la protection de l’environnement. www.association-prosane.fr