Le monde de Carlos...
Architecte paysagiste franco-canadien guatémaltèque, Carlos R. Martinez, s’exerce depuis quelques années à la photographie artistique. Il y ajoute des textes, tous chargés de sens : « J’essaie de créer en regardant vers l’avenir, là où la science et la nature pourraient enfin se rejoindre, presque se réconcilier. Aujourd’hui, la technologie élargit le champ de la pratique artistique comme un sophistiqué pinceau à l’horizon qui recule à mesure qu’on avance. »

- Lever de soleil, Golfe-Juan -
Quand le monde nous habite.
Au printemps, à l'aube, j'aime regarder par la fenêtre et laisser la journée se dérouler tranquillement. Une douce brise m'accueille tandis que je contemple le ciel au-dessus de la rivière qui s'illumine lentement.
Les oiseaux percent l'air de leurs chants qui semblent s'éterniser dans le silence matinal. À l'horizon, les dernières formations de glace, désormais informes, annoncent avec une joie tranquille les doux jours du printemps. Tout se déploie sans fanfare, avec une délicatesse presque musicale, comme si le monde s'éveillait au son d'une symphonie sereine, portée par le chant des oiseaux et le souffle du vent.
Dans ces instants, nous comprenons qu'habiter, ce n'est pas occuper un lieu, mais apprendre à être. Chacun, de son propre point de vue, construit sa propre manière de comprendre le monde et de lui donner un sens. Nous ne voyons pas le même horizon, même si nous partageons le même ciel.
Notre relation à la nature et aux autres êtres vivants naît de cette diversité de perceptions. Nous ne sommes pas extérieurs à ce tissu : nous en faisons partie. Ainsi, la confluence s'écoule comme le vol des oiseaux dans le ciel matinal ; nous portons en nous une histoire qui nous relie à tout ce qui vit.
La toile de la vie se révèle dans la simplicité : dans la lumière changeante, dans le passage d'une personne, dans le murmure constant du souffle. Tout est lié. Tout laisse une trace. Exister, en soi, est déjà une forme de victoire.
C'est peut-être pourquoi comprendre notre place ne requiert pas de grandes réponses, mais plutôt une attention plus subtile, une manière d'habiter qui ne sépare pas, qui n'oublie pas.
En définitive, habiter notre espace… notre monde… c’est reconnaître, avec une lucidité sereine, que nous ne sommes pas là pour dominer la vie, mais pour l’accompagner. Et dans ce geste discret, presque imperceptible, quelque chose en nous trouve sa place.
C’est pourquoi je rends grâce pour la lumière du matin. L’image majestueuse du fleuve San Lorenzo – un miroir mouvant – emplit mon âme. Et à cet instant, à la fois perdu et retrouvé, je comprends qu’il n’y a pas de plus grand privilège que de contempler le lever du soleil et de vivre pleinement l’instant présent.
Carlos R. Martinez

- vue du fleuve Saint-Laurent, île des Sœurs, Montréal -