Compagnon de nage...

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Catégorie Geste et pensée...
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Je l’avais remarqué sur la plage. Je le voyais chaque matin accomplir son heure de nage. Je décidais d’aller vers lui et de lui demander conseil. Nous nous mîmes d’accord pour effectuer le parcours ensemble le lendemain. Nous fîmes de même les jours qui suivirent. De retour sur le sable, je l’interrogeais sur les différentes techniques de nages, cherchant d’abord à améliorer mon crawl. L’homme avait une façon inhabituelle de répondre sur le sujet. Il ne décrivait pas le geste idéal, mais parlait du geste juste, de l’intelligence du corps et d’autres considérations qui me semblaient bien éloignées du langage d’un professeur de natation ou même d’un professeur de sport.

Ce matin, le ciel était gris, si gris que l’on avait du mal à trouver la ligne qui le séparait de la mer. Pas une vague pour rider la surface. Y’a pétole disent les marins, surtout les « voileux ». L’eau avait beau être transparente, la lumière du jour ne pénétrait qu’une maigre couche en surface. En nageant, une multitude de petits rayons, gris eux aussi, animait le parcours.

Nous avons commencé à nager, côté à côte, nous efforçant d’aller au même rythme. Nous connaissions déjà l’itinéraire. Nous savions que nous rencontrerions sur le parcours, aux mêmes endroits de petites touffes de posidonies et leurs colonies de petits poissons de couleur bleu ou marron. Petits Poucet de la mer, elles nous serviraient de repères. Plus attachés à garder l’harmonie du geste que sa perfection technique, nous avons parcouru l’habituel sentier marin. Au retour, j’apercevais, en tournant la tête sur le côté, les deux îles qui flottaient à l’horizon et quelques mâts qui me semblaient très près mais qui, illusion optique, ne l’étaient pas. Sur le sable, le soleil était chaud. Il nous a vite séché. Adossés au mur, nous avons pendant quelques minutes contempler le décor, silencieux, méditatifs.