Sur le chemin...

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Catégorie poèsie FD
Celui de Fernand Dartigues, né en 1912.



- Jean Giono, Manosque, 1965, photo (c) AD -


Fernand a la petite vingtaine. Il vit dans le quartier ouvrier des Savonneries de Marseille où il côtoie la misère. A 11 ans, tout juste le certificat d’études primaire en poche, il quitte l’école communale pour faire de petits boulots, manœuvre, apprenti plombier puis électricien sur auto, employé de banque, représentant… chômeur. Il lit beaucoup. Les quotidiens ne sont pas chers et nombreux à diffuser des rubriques littéraires. Les auteurs connus n’hésitent pas à leur confier leurs écrits souvent publiés en épisodes. Fernand lit tout. 

C’est ainsi qu’il découvre Jean Giono. Son culte de la nature et des choses simples le séduit. Il retrouve son attirance pour la Nature, qui s’avère pour lui, une guérisseuse qui soigne son mal-être. Il est subjugué par «  Les vrais richesses – Que ma joie demeure – Le poids du ciel ». Entre temps, aux Excursionnistes marseillais, il arpente les Calanques et grimpe avec eux, espadrilles aux pieds, parfois en premier de cordée. Il prend confiance en ses possibilités. 



- Giono au Contadour, FD est à droite -


Plus tard, un ami l’entraîne au Contadour, c’est là que Jean Giono organise ses rencontres. Fernand restera en contact avec lui, le visitera dans sa maison de Manosque et entretiendra une correspondance. A Cannes, devenu journaliste, il reverra le chantre de la Provence écolo et pacifiste (ce qui lui vaudra de la prison), lors de sa participation au jury du Festival de Cannes en 1961. Il l’interviewera pour le quotidien genevois « La Suisse » dont il est le correspondant sur la Côte d’Azur et aussi pour la revue « La cinématographie française ». Tous les deux suivront en direct le procès Dominici et échangeront à ce sujet. Jean publiera ses notes sur l’Affaire, Fernand en fera un sujet de conférence. Tous le deux marquant de sérieux doute sur la culpabilité du patriarche. Un mystère jamais résolu.



- Giono, 1961, Festival de Cannes :
"L'homme n'est ni bon, non mauvais ; tel qu'il est je n'ai pas en lui un très grande confiance."



- Jean Giono, Festival de Cannes :
"A mon avis, le cinéma consiste à faire vivre des gens devant la camera
comme si le cinéma n’existait pas." 


Avec son ami le photographe Gabriel Ollive, un autre fou des Calanques et de la nature profonde et habitée, Fernand travaille sur la maquette d’un recueil de poésies illustrées dont il avait conservé deux maquettes (ci-dessous). Il en publiera finalement deux autres : « Dix francs pièces » avec une photo de Gabriel Ollive et, « En vers… mais pas contre tous ! » avec un dessin de Bernard Buffet en couverture et une introduction de… Jean Giono.

Malgré la guerre, et ses séquelles, un monde qui évoluait rapidement, au rythme des progrès apportés par la science, Fernand garda longtemps comme habitude d’écrite un poème par jour, une sorte de rituel, une médecine contre la déprime et le découragement. De facture inégale, dans un style usité au début du 20e siècle qu’il conservera, certains ont une valeur documentaire, profondément humaine. Ils sont aussi le reflet de la fin d’une époque. Son poème « France » avait d’ailleurs reçu un prix international en Belgique… Il y évoque une France totalement disparue, noyée sous les Tours à vocation sociales, les fast-food et les kebabs… Reste que sa poésie, « L’Homme » est elle, me semble-t-il, intemporelle.




Sur mon chemin

Un vieux château qui se découpe
sur un ciel bleu.
Un enfant qui mange sa soupe
l’air malheureux.

Une cloche qui carillonne
d’un son léger.
Une ruelle qui s’étonne
d’un étranger.

Une boutique de mercière
« Au Lion d’Or ! »
Un minuscule cimetière :
où sont les morts ?

L’eau qui court et tremble sans cesse
dans le lavoir.
Un clair visage qui vous blesse
sans le savoir.

Iris, Chrysanthèmes, cerises,
selon le temps,
au fond de jardin qui vous disent
« je vous attends ! »

L’air à toute heure se parfume
d’un feu de bois.
Souvent on attend de l’enclume
chanter la voix.

La nuit, cependant que la lune
fait les gros yeux
semblent rôder sur la commune
tous les aïeux.

C’est un village sur la Terre
qui va, portant
son poids de vie et de mystère
tout simplement !