Compétitivité. Le paradoxe français...

Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur et de concurrence accrue entre grandes puissances exportatrices, la perception des produits français à l’étranger demeure globalement positive, mais fragile. C’est l’un des principaux enseignements d’une étude menée par Rexecode en partenariat avec Skema Business School, qui analyse la compétitivité des biens de consommation français à partir du regard des importateurs européens.
Premier enseignement de l’étude : les produits français continuent de bénéficier d’une image qualitative forte auprès des acheteurs européens. La France se hisse ainsi sur le podium de la compétitivité hors-prix dans trois des quatre secteurs étudiés : 2e place dans l’agroalimentaire, 3e place dans les produits pharmaceutiques et d’hygiène-beauté, 3e place dans l’habillement et les accessoires.
L’étude confirme cependant une faiblesse bien identifiée de l’économie française : la compétitivité-prix. Même si le handicap du prix doit être relativisé au regard des bonnes performances de l’Allemagne. Dans plusieurs secteurs, les produits français sont jugés plus chers que ceux de leurs concurrents. La situation est particulièrement marquée dans la pharmacie et l’hygiène-beauté, où la France arrive en dernière position sur dix pays comparés. Dans l’agroalimentaire et l’équipement du logement, elle se situe également dans la seconde moitié du classement.
Une exception apparaît toutefois : l’habillement et les accessoires, où la France se classe 2e en compétitivité-prix, une performance qui reste néanmoins atypique dans le paysage général.
En 2026, la France n’apparaît plus dans la première moitié du classement dans aucun des quatre secteurs étudiés. Elle se situe 6e dans l’agroalimentaire, 6e dans la pharmacie et l’hygiène-beauté, 9e dans l’habillement et les accessoires, et dans le bas du classement dans l’équipement du logement.
L’analyse des principaux concurrents confirme la pression croissante exercée sur les exportateurs français. L’Allemagne conserve ainsi une position dominante sur les critères hors-prix, grâce à une réputation de qualité et de fiabilité industrielle. Les acheteurs européens jugent cependant ses produits de plus en plus chers. L’Italie, de son côté, reste une référence mondiale en matière de design et d’ergonomie, notamment dans l’habillement. Enfin, les pays d’Europe centrale et orientale continuent de bénéficier d’un avantage tarifaire structurel, tandis que la Chine progresse sur les critères qualitatifs, réduisant progressivement l’écart avec les économies européennes.
Les conclusions de l’enquête font écho aux évolutions observées dans les statistiques du commerce international. Dans l’habillement et les accessoires, secteur où l’image des produits français reste solide, la part de la France dans les exportations européennes est passée de 12,1 % à 18,6 % entre 1995 et 2024.
A l’inverse, dans l’agroalimentaire, la pharmacie-hygiène-beauté et l’équipement du logement, le poids des exportations françaises dans l’Union européenne a été divisé par deux en trente ans, confirmant la perte de terrain face à des concurrents plus compétitifs.
Les acheteurs ont évalué les produits de dix grandes zones économiques (principaux pays européens, États-Unis, Chine, Japon, pays d’Asie et d’Europe centrale et orientale) selon neuf critères déterminants dans leur décision d’achat : qualité des produits, ergonomie et design, innovation technologique, notoriété, délais de livraison, services associés, variété des fournisseurs , prix, rapport qualité-prix.