Fréjus. Le cloître monte aux plafonds...

Le Centre des monuments nationaux accueille l’exposition « Monstres et chimères sur les plafonds peints du Moyen Âge », présentée au cloître de la cathédrale de Fréjus du 7 mars au 30 juin 2026.




Monstres et chimères occupent aujourd’hui une place de choix dans l’imaginaire collectif. Cinéma, littérature, bande dessinée ou jeux vidéo témoignent de la fascination persistante pour ces figures hybrides et inquiétantes. Pourtant, cet engouement est loin d’être récent : dès les récits fondateurs, de la Bible aux mythes grecs, ces créatures peuplent déjà les représentations du monde.

Au Moyen Âge, monstres et chimères investissent massivement les espaces religieux et civils. Ils ornent portails, voûtes et vitraux, mais aussi manuscrits enluminés et plafonds peints, dans les édifices religieux comme dans les demeures privées. Ces figures participent pleinement à la manière dont les sociétés médiévales perçoivent, interprètent et mettent en image leur environnement.

Dans la pensée médiévale, le monstre est avant tout « ce que l’on montre » (du latin monstrare). Il peut désigner un être réel mais difforme, ou une créature supposée habiter des territoires encore inconnus. Sa différence physique incarne l’altérité. Une autre étymologie, issue de monstrum, l’associe au prodige ou à l’avertissement : le monstre devient alors un signe, un présage à déchiffrer.

La chimère, quant à elle, relève entièrement de l’imaginaire. Assemblage d’éléments empruntés aux mondes animal, humain ou végétal, elle ne possède ni identité propre ni récit stabilisé. Monstres et chimères partagent une caractéristique essentielle : l’hybridité. Ces êtres composites illustrent la capacité de l’image médiévale à dépasser l’observation du réel pour donner forme à des existences improbables, proches des figures du rêve et du fantastique.

Entre le XIIIe et le XVIe siècle, ces représentations se multiplient sur les plafonds peints, domestiques ou religieux, principalement dans l’Europe méridionale. L’Association internationale de recherche sur les charpentes et plafonds peints médiévaux (RCPPM) a consacré plusieurs études à ces ensembles décoratifs. Ces travaux ont donné naissance à une exposition photographique permettant au public de découvrir et redécouvrir ces œuvres remarquables.



  • Présentée dans le cloître de la cathédrale de Fréjus - 58 rue de Fleury - l’exposition trouve un écrin exceptionnel. Son plafond, d’une richesse remarquable par son bestiaire fantastique, constitue un témoignage unique de l’art médiéval : le cloître de Fréjus est, à ce titre, le seul en France à avoir conservé un plafond médiéval peint.