Accès à la Santé. Attention bobo…

Catégorie C'est notre santé

La France vit depuis plusieurs années une crise silencieuse mais lourde de conséquences : celle de l’accès aux soins de proximité. Dans de nombreuses communes, il faut parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver un médecin, attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, ou se résigner à l’absence totale d’offre médicale. Cette réalité nourrit un sentiment d’abandon qui dépasse la simple question sanitaire et touche à la cohésion sociale, à l’égalité des chances et au pacte républicain.




- Knock ou le triomphe de la médecine,
de Jules Romains, avec Louis Jouvet -



Pour objectiver ce ressenti, la plateforme indépendante monaviscitoyen.fr a mené une enquête de grande ampleur. Près de 18 650 participants dans 1 790 communes, ont été interrogés. Malgré une légère amélioration, 74 % des Français estiment toujours difficile de se soigner près de chez eux. Depuis 2017, le site recueille la parole directe des habitants pour éclairer les politiques publiques locales. L’enquête « Est-il facile de se faire soigner dans votre ville ? » s’inscrit dans cette logique : elle a été menée en ligne, via un questionnaire auto-administré, conforme au RGPD, sur un échantillon représentatif.

Sa singularité réside dans sa temporalité : réalisée en deux vagues (2022 et 2025), elle ne se limite pas à une photographie instantanée mais révèle des évolutions. Ce suivi comparatif permet de mesurer un léger recul du sentiment de désert médical, tout en confirmant l’ampleur des difficultés. Comme le souligne Yves Kergall, président de Mon Avis Citoyen : « Quand un médecin ou une infirmière part sans remplacement dans une petite commune, ce sont des milliers d’habitants qui se sentent abandonnés. À l’inverse, la digitalisation constitue un levier de satisfaction… pour ceux qui parviennent à l’adopter. »

En trois ans, le sentiment de désert médical recule légèrement : 26 % des Français estiment aujourd’hui qu’il est facile de se faire soigner, contre 20 % en 2022. Mais pour trois quarts d’entre eux, les difficultés demeurent. Les attentes exprimées sont précises et répétées : disposer d’un médecin traitant, accéder rapidement à un généraliste, consulter certains spécialistes à proximité, et pouvoir compter sur des hôpitaux ou maisons de santé. Pour beaucoup, la question n’est pas seulement médicale mais sociale : se soigner près de chez soi, c’est préserver son autonomie et son égalité de droits.

La fracture territoriale se confirme. Les villes de taille moyenne (10 000 à 100 000 habitants) progressent et dépassent désormais les grandes métropoles, grâce à une attractivité médicale retrouvée. À l’inverse, les petites communes continuent de voir leur satisfaction baisser. La fracture générationnelle, elle, est spectaculaire. Les 18-29 ans voient leur satisfaction bondir à 39 % (contre 21 % en 2022), notamment grâce aux outils numériques (prise de rendez-vous en ligne, téléconsultations). Mais cette amélioration contraste avec la situation des plus de 60 ans : seuls 20 % des 60-69 ans et 26 % des plus de 70 ans déclarent un accès facile. Ici, la fracture numérique vient accentuer la fracture sanitaire. Certains motifs de satisfaction subsistent cependant : la présence de maisons médicales ou de petites équipes paramédicales (kinés, infirmières, pharmaciens) est régulièrement citée comme un point d’appui local.

Les besoins exprimés sont massifs : hôpitaux (49 %), maisons de santé (38 %), IRM et scanners, mais aussi davantage de kinésithérapeutes (49 %), dentistes (27 %), dermatologues (28 %), ophtalmologues et pédiatres (10 %). CQFDire !