Algérie : souvenir d’une maison à Baraki...
L’écrivain Jocelyne Mas livre ici un souvenir ému d’un passé toujours douloureux à évoquer.

Ils étaient âgés tous les deux, à notre arrivée en France, ils se sont retrouvés dans un petit studio et mon grand-père s'est laissé mourir de chagrin. Il regardait la mer, aussi bleue que ses yeux et il pleurait. Il est décédé trois mois après notre arrivée.
J’ai écrit ce poème dédié à mes grands-parents et à tous nos grands-parents.
Ma maison
J'ai suivi la longue allée
qui mène à ma maison.
Les palmes des palmiers
sont sèchent et se défont.
Au détour du chemin, le puits
les grands arbres et la maison.
Elle est là assoupie,
de ronces envahie.
Les volets clos
comme des yeux fermés,
pendent décrochés.
Nul bruit dans l'air chaud qui frissonne.
Au fond du jardin je crois voir
mon grand-père cueillant ses oranges.
Où est la maison de mon enfance ?
de ses grands yeux, fenêtres ouvertes
riante et accueillante avec son rosier
dont les roses pompon
envahissaient l'entrée.
Ses parterres de fleurs, fierté de ma grand-mère :
jasmin, rosiers, dahlias, bégonias, lys embaumaient
et leur parfum suave dans la nuit chaude se dissolvait.
Sur un tapis de feuilles séchées
mes pas sont feutrés.
Le puits est à sec
et les eucalyptus ont grandi.
Mon cœur, soudain, bat plus fort
car je viens d'apercevoir
le grenadier, arbre sacré,
par ma grand-mère vénéré.
« Tu planteras un grenadier sur ma tombe » disait-elle toujours.
Car le prophète énonce :
« Que tes mérites soient aussi nombreux que les grains de la grenade. »
Cet arbre est magnifique couvert de fleurs d'un rouge éclatant,
ses petits fruits rouges sont comme des poings fermés
et ses fleurs fripées semblent sortir du sommeil.
Bourdonnent des nuées d'abeilles.
Sur la pointe des pieds,
craignant de réveiller,
tout ce monde endormi,
je repars le cœur serré.