Le Cannet. Hommage à Marthe… la modèle parfaite.
Du 27 juin au 15 octobre 2026, le Musée Bonnard présente « Bonnard intime, les toilettes de Marthe ».

- Pierre Bonnard, Femme à la toilette ou La Cheminée, 1916, Fondation Pauline, Suisse © ag images -
La femme à sa toilette, observée dans son intimité, est un thème qui a traversé l’histoire de l’art de l’antiquité à nos jours avec, selon les époques une importante production. Le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle sont les temps forts de cet intérêt des peintres pour ce sujet placé au cœur de l’intime devenant un sujet de la modernité picturale ; ils sont la somme des indiscrétions et des habitudes de la femme dans le secret de son cabinet de toilette ou de sa chambre. Ils constituent chez certains peintres le socle de leurs recherches comme chez Degas ou Bonnard lesquels en ont renouvelé l’approche. Cette succession de soins et de rites met en valeur le corps féminin de façon plus ou moins suggestive, dans son tub, dans son bain ou simplement en train de se sécher, se maquiller, s’apprêter, suscitant volontairement ou non le désir.
Bonnard, comme d’autres peintres avant lui, a été captivé par la dimension érotique de la toilette féminine, mais plus encore par les questionnements de composition et de traitement pictural, que la présence de son modèle induit. De l’eau qui perle sur la peau, du mouvement du corps qui accompagne les ablutions, de la lumière qui scintille sur les carreaux de la salle de bains, dans l’eau du tub, sur la peau, au modèle observé à la dérobée, croqué sur des pages d’agendas ou de simples feuilles de carnets, donneront naissance presque toujours à des peintures majeures.
Le corps immergé sur toute sa longueur, le nu dans la baignoire est sans doute le sujet qui a posé au peintre d’infinis problèmes, tel qu’il le confiera en 1937 à la journaliste suédoise Ingrid Rydbeck venu l’interviewer à Deauville : « C’est la dernière fois que je tente un motif aussi difficile. Je ne peux pas exprimer ce que je veux. Il y a six mois que je travaille à cette toile maintenant et j’ai encore du travail pour plus de six mois. [...] Dans celle-ci l’eau paraît toujours sale, je n’en sors pas. » D’un tableau commencé dans la salle de bains du Cannet, la toile le suit à Deauville épinglée sur le papier à fleurs de son atelier de fortune. Entre 1925 et 1946, il peint quatre corps de femme allongés sur toute leur longueur dans la baignoire avant d’aboutir au Nu dans le bain au petit chien du Carnegie Museum of Art à Pittsburgh. Il variera ce sujet en saisissant, sa femme Marthe ou une autre, accroupie, bondissant hors de la baignoire ou adossée à celle-ci.

- Pierre Bonnard, Nu à la baignoire, vers 1924 © Jean Louis Losi -
Ainsi, la toilette est un sujet prégnant dans l’œuvre de Bonnard dès la fin du XIXe siècle. Sa rencontre en 1893 avec Marthe, muse incontestée de l’artiste lui inspire ses premiers nus si l’on excepte un premier nu peint d’après un modèle professionnel, comme un exercice des théories nabies en 1891 ; figure centrale de son œuvre, Marthe est aussi le métronome de leur quotidien. Même si d’autres femmes ont compté dans sa vie d’homme et de peintre, Bonnard a fait du corps de Marthe un canon plastique, un standard, qui a longtemps fait croire à tort, qu’elle était son modèle unique. À travers elle, se cachent parfois les figures d’Anita, de Renée ou de Lucienne, brouillant volontairement le réel pour ne conserver qu’un sujet de peinture pure.
C’est l’un des points que cette exposition tentera d’étudier. Grâce à ces scènes, Bonnard raconte une histoire personnelle, tout en se détachant du sujet pour ne traiter que des questions de peinture. Le corps n’est pas idéalisé : il est réel, vulnérable, inscrit dans une lumière diffuse. Ce qui intéresse Bonnard, c’est le geste, dans sa fragilité et sa répétition. CQFD !

- Pierre Bonnard, Marthe au tub, vers 1908 © Musée d’Orsay/ Patrice SchmidtPierre -