Souveraineté numérique. Une urgence stratégique…

Trump a ouvert la boîte de Pandore. Il a bouleversé les équilibres fragiles entre les nations. La confiance envers les USA est bien entamée. Beaucoup d’États et de grandes entreprises européennes et canadiennes réalisent maintenant... mais un peu tard, leur dépendance numérique presque totale envers les géants américains de la tech. En situation de quasi monopole, ces derniers thésaurisent des milliards de données sensibles et marchandes aussi, sur lesquelles ils ont un contrôle total.




Chacun de son côté commence à réagir. Ainsi la France et le Québec renforcent leur coopération en matière de souveraineté numérique de l'administration publique. Ils viennent de signer une déclaration d'intention relative à la souveraineté numérique. Cette signature est le fruit plusieurs années d'échanges et de travaux communs entre les deux administrations, initiés dès 2023.

La déclaration d'intention couvre cinq domaines prioritaires : les environnements numériques de travail et les outils collaboratifs souverains, l'identité numérique et l'interopérabilité entre États, le déploiement de l'intelligence artificielle au sein des administrations, les infrastructures numériques garantissant l'autonomie stratégique de l'État, ainsi que le renforcement des compétences numériques des agents publics. À travers ce cadre formalisé, la France et le Québec affirment une vision commune du numérique public : des services utiles, accessibles et sécurisés, au service des citoyens comme des agents, respectueux de la souveraineté, de la langue et des valeurs qui leur sont partagées.

Pour Stéphanie Schaer, directrice interministérielle du numérique : « Préserver la souveraineté numérique de l'État suppose de fonctionner par alliance, avec des partenaires qui partagent nos valeurs et nos ambitions. La coopération que nous formalisons avec le Québec s'est construite dans la durée, avec rigueur et confiance mutuelle. Elle illustre ce que peut produire une coopération francophone ambitieuse : des outils mutualisés, des expertises croisées et une capacité à peser collectivement face aux défis que pose la transformation numérique des administrations publiques. » 

Par ailleurs, le Consortium européen d'infrastructure numérique Digital Commons (EDIC) prend forme avec l'adhésion de nouveaux pays, la nomination d'un directeur et le lancement de ses premiers projets, dont un projet pilote pour un Fonds européen de technologie souveraine. Il soutient la coopération entre les États membres de l'UE dans le développement de projets numériques communs, dans le but de renforcer la souveraineté numérique de l'Europe. Le DC EDIC se concentre sur les communs numériques, les logiciels open source et les infrastructures numériques partagées. Il sert de point de contact unique pour les développeurs, les organisations publiques et les communautés open source, les aidant à accéder aux financements et à lancer de nouveaux projets. Le développement d'un espace de travail numérique européen en constitue un exemple.

Le DC EDIC a été créé en octobre 2025 suite à l'approbation de la Commission européenne, en tant qu'initiative de cinq pays : la France, l'Allemagne, les Pays‑bas, l'Italie et le Luxembourg. D'autres pays ont rejoint le DC EDIC en tant qu'observateurs : la Slovénie, la Pologne, la Hongrie, le Danemark, l'Autriche, la Finlande et la Flandre (Belgique). Cela porte le nombre total de participants à douze. Le DC EDIC reste ouvert à tous les États membres de l'UE et est basé à Paris.



Le DC EDIC avance déjà sur ses premières initiatives concrètes. Elles comprennent un « Défi 100 jours » visant à créer des composants open source souverains et interopérables ainsi qu'un projet pilote d'un Fonds européen de technologie souveraine (EU‑STF), développé en collaboration avec l'Agence allemande de technologie souveraine, afin d'examiner comment son approche éprouvée peut être appliquée au niveau européen pour renforcer les infrastructures numériques ouvertes essentielles. L'Agence de technologie souveraine, grâce à son expertise opérationnelle et stratégique, son vaste réseau international et sa capacité de mise en œuvre immédiate, est particulièrement bien placée pour apporter son savoir‑faire lors de la phase pilote.