L'art voyage…

l’art est un voyage aussi.

Catégorie Les Arts au soleil

Texte et photos © Carlos R. Martinez.



- hamac au dessus Paris, sculpture de Nicolas Lavarenne -

« L'acte créatif ne suit pas toujours la logique, ni ne cherche à se justifier. Il surgit, tout simplement. Il vous transperce. Il vous émeut sans rien demander en retour. Il ne recherche pas l'approbation ; parfois, il vient simplement vous transformer en silence. Peut-être ne dit-il rien… mais il touche le cœur, et cela suffit. C'est souvent comme flotter hors du temps, un arrière-plan vaporeux qui nous permet de créer en regardant vers l'avenir, vers un lieu où science et nature pourront enfin se rencontrer harmonieusement. Aujourd'hui, la technologie repousse les limites de l'art comme un pinceau sophistiqué à l'horizon… toujours un peu plus loin, comme si la quête était sans fin.

À travers l'art, nous comprenons l'essentiel : habiter, ce n'est pas occuper un espace, mais apprendre à être. Chacun, de son propre point de vue, construit sa propre compréhension du monde. Face à une peinture abstraite ou à l'horizon, nous ne voyons pas la même chose, même si nous partageons le même paysage. Et c'est là que réside sa beauté : elle nous invite à participer, à compléter l'œuvre par notre propre perspective.

Notre relation à la nature naît de cette diversité. Nous ne sommes pas extérieurs à la trame : nous en sommes les fils. La confluence s'opère comme le vol des oiseaux au matin. Nous portons en nous une histoire qui nous unit à tout ce qui vit. La culture, pourtant, voyage comme un courrier sans adresse de retour précise. On croit qu'elle est arrivée… mais elle est déjà ailleurs. On la croit liée à un lieu, à un mode de vie, et soudain elle disparaît. Elle s'enfuit, emportant avec elle souvenirs et récits, se réfugiant dans les musées où le temps semble figé.



- Le Louvre, Mona Lisa -

Là, les foules se déplacent en silence. Elles contemplent les œuvres de grands noms comme Edgar Degas, jalousement gardées par les institutions et les collectionneurs. Mais une question inévitable se pose : comment une peinture respire-t-elle loin de son lieu d'origine ? Que se passe-t-il lorsque le désir collectif s'arrête devant elle ? Observons les spectateurs. Il y a dans leur immobilité quelque chose qui est aussi une forme de création. Pendant ce temps, de jeunes artistes quittent leurs villages pour conquérir de nouveaux horizons dans des villes comme New York. Leurs yeux brillent d'espoir. Certains se perdent. D'autres persévèrent. Et ces quelques-uns apportent avec eux quelque chose de neuf, une lueur d'espoir dans un monde qui s'obstine à vieillir.

La poésie, dit-on, appartient aux aînés. À ceux qui ont déjà assez vécu. Mais soudain, un poète surgit - comme Salvador Salazar Arrué, dont le speudo est Salarrué - et nous bouleverse par une vérité que nous ne sommes pas encore prêts à saisir. Ses mots restent suspendus… attendant le moment où, des années plus tard, ils s'éveilleront enfin en nous. Salarrué fut l'un des architectes fondamentaux de la culture salvadorienne du XXe siècle, et grâce au Musée du Verbe et de l'Image, son œuvre est inscrite au Registre Mémoire du monde pour l'Amérique latine.

Tout cela crée une scénographie exigeante : un voyage à travers le temps matériel. Les objets accumulés, jour après jour, finissent par composer le portrait d'une époque qui utilise et jette. Telle une page manuscrite qu'il faudra déchiffrer après le silence. Aujourd'hui, des noms comme Salarrué ne suscitent pas la même attention que Claude Monet, même dans des villes comme Miami. Tandis que les impressionnistes sont scrutés à la loupe, il demeure à distance, presque inexploré. Devant ses œuvres, certains observateurs semblent être des étudiants prenant des notes… mais peut-être, sans s'en rendre compte, apprennent-ils quelque chose de plus profond : à regarder. »


- le Musée du Verbe et de l'Image (El Salvador) révèle la richesse esthétique,
spirituelle et symbolique de l'univers créatif de Salvador Salazar Arrué -