Une sculpture de Bartholdi rejoint le musée Camille Claudel...

Acquis par l’État et dressé depuis 1878 dans la cour d’honneur du Collège de France, le Monument à Jean-François Champollion est l’une des œuvres les plus singulières d’Auguste Bartholdi (1834-1904), sculpteur mondialement connu pour avoir conçu La Liberté éclairant le monde, offerte par la France aux États-Unis. Réalisé en marbre, le monument ne peut plus, pour des raisons de conservation, rester exposé en plein air. Le Centre national des arts plastiques, qui en assure la gestion pour le compte de l’État, a donc décidé de le mettre à l’abri et le Collège de France procédera à son remplacement par une épreuve en résine destinée à l’extérieur.
En raison de la richesse de ses collections, dominées par la sculpture française de la IIIe République et marquées par une forte présence de monuments publics, le musée Camille Claudel a été choisi pour accueillir l’œuvre originale. Celle-ci rejoindra la salle consacrée à la sculpture dans l’espace public, et dialoguera avec les nombreuses œuvres d’artistes de la même génération exposées au musée de Nogent-sur-Seine, dont Camille Claudel et Auguste Rodin.
L’exposition, conçue en deux volets, est d’abord consacrée au Monument à Champollion et aux liens de Bartholdi avec l’Égypte. Grâce au soutien du musée Bartholdi de Colmar, elle réunit dessins préparatoires, maquettes, archives et œuvres illustrant la fascination de l’artiste pour l’Égypte et l’Orient, ainsi que le contexte de la commande et les enjeux esthétiques, politiques et symboliques de l’œuvre. Ce parcours retrace la genèse du monument, son installation au Collège de France et l’évolution de sa réception, montrant comment une œuvre née dans un contexte historique précis suscite, avec le temps, de nouvelles lectures et controverses.
Le second volet se déploie au cœur du parcours permanent du musée et évoque notamment deux rendez-vous manqués de Camille Claudel avec le monument public : le Buste de la République, que sa ville natale Fère-en-Tardenois envisage de lui commander au début de sa carrière, et le Monument à Blanqui, dont elle refuse la commande alors qu’elle lutte contre la maladie et qui est finalement confié à Aristide Maillol. En confrontant œuvres, archives, photographies et textes, l’exposition montre comment les monuments publics sont des objets vivants, au cœur de tensions entre mémoire, fierté, identité, oubli ou contestation, et interroge la manière dont nous regardons aujourd’hui les monuments qui façonnent nos espaces publics.
