Le compte de formation professionnel. La foire d’empoigne ?

Huit millions six cent mille dossiers financés en un peu plus de quatre ans, douze milliards deux cents millions d’euros d’achats de formation engagés depuis novembre 2019, dont deux milliards quarante six millions pour la seule année 2024 : le Compte personnel de formation n’est plus un simple dispositif d’appoint, il constitue aujourd’hui une infrastructure financière majeure du marché de la formation professionnelle.




En 2024, le CPF a célébré ses dix ans d’existence, tandis que la plateforme Mon Compte Formation en fêtait cinq, confirmant son rôle central dans l’autonomie des actifs et dans la structuration économique du secteur. Cette montée en puissance fulgurante a toutefois créé une zone de tension inédite.

Plus les volumes augmentent, plus les enjeux financiers se concentrent, plus la vigilance s’intensifie. Les arnaques ont prospéré sur la notoriété du dispositif ; les contrôles se sont durcis à mesure que les flux financiers grandissaient ; la frontière entre fraude pénale caractérisée et fragilités administratives d’organismes de formation de bonne foi s’est parfois brouillée dans le débat public.

Ce déséquilibre informationnel et juridique, qui touche à la fois les titulaires du CPF et les formateurs indépendants, les consultants, les coachs et les entreprises de services opérant sur le marché français, constitue aujourd’hui un enjeu structurel.

C’est précisément dans cet espace que s’inscrit l’initiative privée « Fraude au CPF », portée par Leandro Lozahic, consultant en droit et conformité de la formation professionnelle depuis 2011 et fondateur de Formateur-Pro.fr.

Son ambition est double et clairement assumée : fournir au grand public des repères concrets pour identifier et éviter les mécanismes d’escroquerie, et doter les organismes sérieux d’une méthode rigoureuse de sécurisation des dossiers, fondée sur la preuve et la traçabilité, en posant explicitement la distinction entre délit et erreur administrative.

Le CPF devait simplifier l’accès à la formation. Il s’est progressivement complexifié dans l’espace public. D’un côté, des pratiques frauduleuses clairement identifiées : usurpation d’identité, utilisation des droits sans consentement, promesses de cadeaux en échange d’une inscription, démarchages laissant croire à une affiliation officielle. Ces mécanismes ont alimenté un sentiment d’insécurité chez les titulaires.

De l’autre, un environnement réglementaire de plus en plus exigeant. La conformité n’est plus une simple formalité administrative ; elle conditionne la légitimité même de l’activité. Entre ces deux réalités, une zone grise s’est installée. Elle brouille la perception du dispositif et fragilise l’ensemble de l’écosystème. L’initiative « Fraude au CPF » s’attaque à un angle rarement traité frontalement : la confusion entre infraction pénale et faiblesse documentaire.

La fraude pénale suppose une intention : escroquerie, tromperie volontaire, usurpation. Elle relève du droit pénal. La fragilité administrative, elle, peut concerner un organisme de formation de bonne foi dont le dossier présente des lacunes. Assimiler ces situations revient à diluer la notion même de fraude et à entretenir une suspicion généralisée. La démarche portée par Leandro Lozahic consiste précisément à poser cette distinction de manière explicite. Ce dernier a répertorié 10 signaux d’alerte et propose 10 réflexes à avoir.

Fondateur de Formateur-Pro.fr, plateforme de ressources dédiée aux formateurs indépendants et aux organismes de formation, il observe au quotidien les évolutions réglementaires et les difficultés opérationnelles du terrain.objectif est d’apporter un cadre d’analyse et des outils concrets, sans instrumentaliser le sujet. Son objectif est clair : que chaque titulaire de CPF dispose de repères simples et fiables, et que chaque formateur sérieux sache démontrer la réalité de ses actions.