Musée Estrine : à la redécouverte de Roger-Edgar Gillet...

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- L'huissier, 1977 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris 2025 -



C’est une exposition événementielle qu’organise, en ce printemps 2026, le Musée Estrine de Saint-Rémy de Provence. Une exposition qui revisite l’œuvre d’un peintre  français encore trop méconnu, malgré le succès qu’il connût au siècle dernier : Roger-Edgar Gillet (1924-2004). 

Fort d’une solide formation académique, il appartient à cette génération qui, soucieuse de renouveler le langage pictural, se tourna spontanément vers l’Abstraction dans l’immédiate après-guerre. C’est d’ailleurs avec l’un de ses plus célèbres représentants, Georges Mathieu, que Gillet fera sa première exposition à la galerie Evrard (Lille) en 1953.

Cependant c’est vers une figuration à dominante expressionniste qu’il va se tourner à partir de1958, contre l’avis des critiques (Michel Tapié, Charles Estienne) qui l’avaient soutenu durant sa période abstraite. Sous ses pinceaux, c’est une humanité grotesque et déréglée qui va peu à peu prendre forme.

Comme d’autres maîtres avant lui (Rembrandt, Goya, Ensor), il s’emploie à saisir la dérision du théâtre de la vie, passant du portrait à la peinture d’histoire ; pas celle de David ou de Géricault, mais la nôtre, avec l’irruption des actualités télévisées dans notre quotidien et le bouleversement de la sensibilité collective qu’elles entraîneront.

Durant les dernières années de sa vie le peintre, qui avait acheté une maison à Saint-Sulliac (Ille et Vilaine), prendra pour sujets le littoral marin et les tempêtes, ce qui lui permettra de marier figuration et abstraction. Sans, pour autant, cesser de se confronter à la figure humaine.



- Les Fusillés, 1982 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris 2025 -


Si Gillet, en effet, s’inscrit dans une forme de classicisme, ce n’est pas pour le parodier mais pour le compléter, quitte à saper son propos volontiers grandiloquent par des figures grimaçantes reflétant l’absurdité du monde moderne. A l’inverse de tous ceux qui épouseront le goût du moment (le Nouveau Réalisme, le Pop-Art), Gillet cherchera toujours à suivre ses propres intuitions artistiques. Pour lui, l’important était de « perturber le regard ». Et, lorsqu’on parcourt sa rétrospective, on ne doute pas qu’il y soit parfaitement arrivé.

De nombreuses expositions, ponctuées de prix et de bourses, jalonnent une carrière qui couvre  l’exacte seconde moitié du XXe siècle. Aujourd’hui encore, plusieurs galeries, en France et à l’étranger, s’emploient à défende son œuvre. Et, suite à des donations familiales, bon nombre de ses tableaux sont entrés dans des collections publiques. Mais depuis 1999 et sa grande rétrospective au musée de Sens, aucune exposition d’envergure ne lui avait été consacrée. C’est désormais chose faite au Musée Estrine qui explore, depuis son ouverture en 2007, les liens qui unissent la peinture moderne à la Provence.  N’est-ce pas une excellente raison d’aller à sa découverte ?


- Sans titre, 1993 © Musée Estrine, cliché Fabrice Lepeltier © Adagp, Paris 2025 -


  • Jusqu’au 7 juin 2026. Tel : 04 90 92 34 72. Tous renseignements sur : www.musee-estrine.fr

Jacques Lucchesi