Quand pesticide rime avec biocide…

- photo (c) Louise Dartigues -
Depuis plus de deux ans, les équipes de Pollinis sillonnent la France pour connaître l’état de conservation réelle des réserves naturelles protégées, censées servir de refuge pour des milliers d’espèces d’abeilles, d’insectes pollinisateurs, d’oiseaux et de mammifères face à la contamination généralisée de l’environnement par les pesticides. Objectif : démontrer, preuves à l'appui, l’incapacité du système d’évaluation et d’autorisation des pesticides à protéger la nature et notre environnement, et forcer l’adoption de mesures concrètes pour enrayer l’extinction du Vivant en France et en Europe. Car à ce jour, si de nombreuses études ont documenté la pollution alarmante des zones protégées d'Allemagne et d’ailleurs en Europe, celle des aires naturelles françaises reste largement méconnue.
L’ONG a mené une première vague de prélèvements d’échantillons de fleurs et de sols dans 14 réserves naturelles régionales et nationales du sud de la France, parmi lesquelles celles des Gorges du Gardon, des Coteaux du Fel et l’ensemble de la Fédération des réserves naturelles catalanes, qui protège plus de 17 000 hectares reliant la mer à la montagne. En 2025, trois nouvelles réserves du bassin parisien : les Coteaux de la Seine, les Sites géologiques de l’Essonne et les Étangs et rigoles d’Yvelines se sont ajouté à cette enquête. Les résultats, édifiants, sont dès à présent disponibles dans un rapport tout juste publié ici.
Pour la première fois, une analyse scientifique citoyenne lève le voile sur la présence de substances toxiques dans les aires protégées françaises : un tiers des réserves naturelles testées sont contaminées par au moins un pesticide ; 47 substances différentes ont été répertoriées au sein même des aires protégées et à leurs abords. Parmi elles, 4 sont hautement toxiques pour les abeilles, 7 pour les oiseaux et 22 pour les petits mammifères. Dix de ces substances sont connues pour perturber le système endocrinien, 8 sont toxiques pour la reproduction, 5 peuvent provoquer des troubles du développement, et 6 sont potentiellement cancérigènes pour l’être humain. C’est notamment le cas du DDT, le pesticide le plus fréquemment détecté dans les sols des réserves naturelles, malgré son interdiction en France il y a déjà plus de 50 ans en raison de sa persistance dans l’environnement et de sa toxicité élevée.
Pourtant les décideurs politique semblent davantage écouter les puissants lobbies promouvant l’épandage dans la nature de substances sans cesse plus toxiques et délétères pour le Vivant que les lanceurs d’alerte comme Pollinis.

(c) Michel Di Mascio