Saint-Rémy-de-Provence. La Grande Dérision de Roger Edgar Gillet…

Catégorie Les Arts au soleil

Artiste peu connu du grand public, Roger Edgar Gillet (Paris, 1924 - Saint-Suliac, 2004) est un artiste peintre qui mérite pourtant son attention. C’est à cette fin que le musée Estrine et le musée des Beaux-Arts de Rennes ont organisé cette première rétrospective depuis le décès de l’artiste.





Roger Edgar Gillet se forme à l’école Boulle puis à l’école nationale des arts décoratifs, avant de devenir professeur de dessin à l’académie Julian. Dans le contexte du Paris d’après la Seconde Guerre mondiale, il débute sa production en entrant de plain-pied dans le mouvement de l’abstraction informelle ou lyrique. Il expérimente une matière picturale mêlée de sable et de colle de peau, qui lui permet d’obtenir des résultats texturaux particuliers. Qu’il travaille la peinture au couteau, en surfaces épaisses, ou qu’il déploie des compositions complexes, il expérimente sans relâche et joue des effets expressifs de la peinture.

Vers 1958, sa peinture laisse progressivement apparaître la forme d’un visage et la persistance d’un regard. Au début des années 1960, il assume pleinement le retour à la figuration, par besoin d’affirmer la force du regard humain. Gillet déploie le portrait d’une humanité décharnée et loufoque, à l’état indistinct. Il saisit au vitriol le théâtre de la vie : tas de gens faméliques, juges et huissiers, parades carnavalesques. Sa production explore alors les genres traditionnels de la peinture (portrait, peinture d’histoire, paysage urbain) mais chaque sujet est passé au crible d’un humour féroce.

Il met à profit sa fine connaissance de l’histoire de l’art pour phagocyter l’exemple des nombreux maîtres : Rembrandt, Zurbaran, Goya, Manet, Ensor… En véritable peintre iconophage, il se nourrit aussi bien des tableaux vus dans les musées que des images aperçues à la télévision. La Grande Dérision qui caractérise sa peinture n’empêche pas Gillet de rester profondément humaniste.

En 1982, il achète une maison près de Saint- Malo, d’abord pour y passer ses étés puis pour s’y installer définitivement, jusqu’à la fin de sa vie. La présence du littoral lui inspire une série de tempêtes dans laquelle il trouve une ligne de crête entre abstraction et figuration, qui lui permet de déployer toute sa virtuosité dans le traitement pictural. En 1996, dans un ultime mouvement de pendule parmi les incessants allers-retours qui marquent sa pratique, il revient à la primauté de la figure humaine avec une série de têtes à l’expression d’une force extrême. 

Récalcitrant à toute classification, Gillet déclarait : « L’important, c’est de perturber le regard ! »



- Roger Edgar Gillet composition, 1959 © Adagp, Paris 2025 -


Musée Estrine
Place Philippe Latourelle
13210 Saint-Rémy-de-Provence
Tel. 04 90 92 34 72