Saint-Remy-de-Provence. Des femmes dans l’arène de Picasso…

- Pablo Picasso. La Danse des banderilles. 1954.
Lithographie sur papier Collection BNF, département des Estampes et de la Photographie
© Succession Picasso 2025 -
L’exposition de cet été est organisée autour deux sujets récurrents de Picasso, en lien avec la collection du musée. C’est pourquoi, l’exposition offre à voir en parallèle aux œuvres de Picasso des œuvres d’artistes actuels, issus de ce Sud dont ils portent l’empreinte, de Vincent Bioulès à Pilar Albarracin, de Sophie Calle à Jean-Paul Chambas et Claude Viallat… L'exposition est organisée avec le soutien exceptionnel du Musée national Picasso-Paris et le concours de la famille Picasso.
Annie Maïllis, commissaire de l'exposition nous éclaire sur le sujet choisi : « Depuis ses premiers dessins d’enfant jusqu’à son dernier tableau inachevé, l’œuvre monumental de Picasso est parcouru par deux figures, celle de la femme et celle du taureau. Conjuguées dans un même espace plastique, elles offrent de nombreuses variations significatives de son évolution esthétique, intime, idéologique, historique. Mais le rapport de Picasso avec les femmes et sa passion pour la corrida suscitent aujourd’hui le débat, parfois explosif. Pour le déminer, il suffit d’examiner l’œuvre où se manifeste un Picasso très éloigné des stéréotypes du macho fasciné par une pratique sanglante. Loin d’être soumises ou maltraitées, les femmes s’y révèlent non seulement remplies de compassion ou de tendresse partagée avec l’homme-taureau, mais également puissantes et parfois dominatrices.
Quant au taureau, jamais dans l’histoire de l’art animal n’a traversé une œuvre entière jusqu’à l’obsession comme chez Picasso. Animal totémique selon Françoise Gilot, il a permis à l’artiste d’enraciner son hispanité dans la culture qui lui est liée, celle de son Andalousie natale comme celle du Midi français. Parce qu’elles s’en sont nourries, les œuvres de Picasso dialoguent avec celles de l’iconographie populaire dont il était friand, celles de ses prédécesseurs qu’il a admirés, de ses contemporains qu’il a côtoyés.
Ainsi l’exposition est jalonnée d’œuvres d’artistes actuels, tous issus de ce Sud dont ils portent l’empreinte, à l’image du musée Estrine qui les accueille à côté des œuvres du Maître. Les performances, sculptures, vidéos et photographies de l’Andalouse Pilar Albarracin explorent sa culture d’origine, du flamenco à la tauromachie dont elle déconstruit les clichés par l’ironie. D’autres artistes femmes optent pour ce même point de vue. Transgressives, elles ouvrent des espaces de revendication féministe et invitent à une prise de conscience des relations de pouvoir. Sophie Calle en poursuivant sa démarche autobiographique, Clara Castagné avec son travail de cartographie et Axelle Remeaud sur les symboliques animales, toutes dénoncent avec humour et dérision les lieux communs d’un érotisme lié à la figure du taureau.
Vincent Bioulès, Jean-Paul Chambas, Lucio Fanti, Claude Viallat, artistes de la même génération, ont suivi des voies parallèles et parfois convergentes. L’exposition a retenu de leurs œuvres celles qui ont joué avec le grand motif picassien de l’enlèvement d’Europe, de façon iconoclaste (Lucio Fanti), selon une actualisation sociale (Jean-René Laval) ou territoriale (Vincent Bioulès), ou encore ouvertement picassienne (Claude Viallat). Quant à Christian Milovanoff, il détourne les images de corridas télévisées dans des montages qui impliquent femmes et toreros. »