Le télétravail dans la cour des grands...

Catégorie Les paradoxales



« On apprend souvent de ses échecs et de ses difficultés, c’est même ce qui permet de nous améliorer. Le Coronavirus pourrait réinventer notre économie, voire réenchanter le monde du travail en lui redonnant une humanité trop longtemps sacrifiée. » C’est en tout cas l’approche qu’a choisi Philippe Buerch, homme public et président de « d’Agir en Politique », et de participer à la « Résurgence de nos Territoires » :

Cette pandémie nous a subitement fait basculer dans la réalité des solutions alternatives, dans la nécessité de solidarité et dans la valeur humaine, matière première de toute économie. En quelques semaines, nous avons modifié nos conditions de travail mais aussi notre rapport à celui-ci. Nous avons complètement repensé l'organisation des entreprises, de nos besoins et nos moyens de productivité. Cette crise est certainement un moment inespéré pour préserver un nouveau modèle, inenvisageable avant cette pandémie.

L’activité partielle nous a permis de retrouver du sens dans nos vies, d’accorder d’avantage de temps aux autres, de repenser notre rapport au travail, et notre place dans la société.

Le télétravail, bientôt la norme ? Certes, l’inconfort financier de la situation a été un élément de crispation, mais il a aussi remis l’épanouissement personnel au centre du débat, en nous questionnant sur le sens de notre existence.  La première pierre posée à cet édifice du ‘monde d’après’ est incontestablement celle du télétravail, qui, du statut de ‘force majeure’, se rêve à présent de devenir ‘la norme’. Cette solution alternative pour continuer l’activité en ‘temps de crise’ s’impose aujourd'hui dans le débat comme la solution idéale pour laisser aux salariés une certaine autonomie et un bien-être certain.

Cette vision du travail à distance pourrait, paradoxalement, rapprocher les salariés de leurs objectifs professionnels, notamment en réduisant les contraintes quotidiennes inhérentes à leurs déplacements tout en leur permettant, d’un autre côté, d’être plus en contact avec leur sphère personnelle, éloignant le dilemme de sacrifier les leurs pour leur activité professionnelle. 

Dans cette phase de remodélisation de notre organisation, les partenaires sociaux doivent prendre toute leur place dans le débat, tant pour étudier la possibilité de gagner en réduction de temps de travail, qu’en flexibilité de ce temps pour répondre aux besoins des entreprises, mais aussi pour répondre aux aspirations des salariés, tout ceci en privilégiant l’autonomie. C’est un impératif pour que ce ‘système D’ devienne une organisation durable, la souplesse et l’humain doivent être les deux facteurs de cette réflexion. 

Amplifier la mutation. Le développement du travail à distance, la réduction du temps de travail, sont des tendances que l’on observe depuis plusieurs années. Cela répond à certains enjeux au sein de la société en termes de mobilité, d’environnement, d’économie, d’éthique, de solidarité, de sens de la vie... Il n’appartient qu’à nous d’amplifier cette mutation qui s’installait doucement dans notre société, et qui connaît aujourd'hui un coup d’accélérateur inespéré. 

Ce moment improbable aura permis de mettre en évidence à la fois les avantages mais aussi les éventuels inconvénients de cette solution. C’est un test grandeur réelle, que nous a offert ce moment si singulier. Ainsi, cette crise amène chacun à se questionner sur la place de l’activité professionnelle dans sa vie, et à modifier son rapport au travail. Cette réflexion collective s’appuie également sur le rôle majeur des professions liées à l’humain, à la solidarité, dont le caractère vital a émergé dans cette crise, redistribuant notre propre positionnement dans la société.

Des métiers qui, hier encore, étaient observés parfois avec dédain, sont à présent appréhendés par leur utilité sociale et sociétale, chacun pouvant comprendre que la tension de ces activités nécessite plus d’humanité et de souplesse pour ceux qui les exercent, mais aussi relativisant ce sentiment des travailleurs boulimiques, dopés à la réunionnite, d’être la voute centrale de l’économie. 

Se recentrer vers un axe plus humain et concerté. C’est une leçon d’humilité qui vient de leur prouver que leur frénésie de travail, ne les rend pas pour autant indispensables, et qu’il est nécessaire que chacun puisse se recentrer vers un axe plus humain et concerté. Bâtir ce changement semble être à présent autant une évidence qu’une nécessité. Cette épreuve vient incontestablement de tracer le chemin d’une nouvelle voie.

Me. Philippe Buerch