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American Rhapsody...

pour mieux comprendre la vie politique américaine.

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Ce livre de Joe Eszterhas publié en 2001 aux éditions Albin Michel, est un petit chef d'oeuvre du genre... Dans le contexte actuel, il mérite bien une relecture.



Ce pavé de 500 pages est toujours d'actualité. A le lire aujourd’hui, on s’étonne qu’il n’ait pas fait davantage de bruit ni provoquer plus de colère de la part des mis en cause.

Son auteur, Joe Eszterhas, est le sulfureux scénariste de Basic Instinct. Il paraît fort bien introduit dans le monde du show-biz et de la politique. Il fait partie de ces beautiful people, autant à l’aise dans un dîner de bienfaisance à Hollywood, à 2 000 dollars la place, qu’à une réunion électorale bon chic bon genre à Boston.

Il nous montre, par le petit trou de la serrure, avec une délectation jubilatoire, le monde, ce monde du paraître et du quand dira-t-on, celui de la chambre à coucher et d'autres lieux où se pratique la gymnastique sexuelle.

Cette symphonie américaine passe en revue de grands noms et nous fait pénétrer dans leur intimité la plus obscène, la plus triviale, la plus indécente. Pas question ici de discuter sur le bien fondé ou non de décisions politiques majeures. Les leaders de ce pays sont, pour beaucoup, toujours une référence. Ils sont passés au crible de leurs petites faiblesses, de leur humanité la plus ordinaire. Nos Louis avaient leurs chaises percées, notre Mitterrand sa fille cachée… Qu’ils soient démocrates ou républicains, nos cousins d’outre-atlantique ont des besoins sexuels qui influencent souvent leurs décisions et risquent à tout moment de mettre en péril leur pouvoir. Ces choses là existent et sont banales en somme. Les écrire leur donnent beaucoup de force.

A partir de l’affaire Monica L., Joe Eszterhas stigmatise les institutions et épingle leurs représentants. Nul n’y échappe et tous les noms sont là : Hillary, Bill évidemment, mais aussi Busch père et fils, les frères Kennedy, Richard Nixon et Pat, Reagan, Nancy et Sinatra, Bob Dole, Al Gore et Tipper… Nul détail ne nous est épargné. Les anecdotes les plus croustillantes, les conflits d’intérêts les plus improbables, les coups les plus tordus, les pulsions les plus primaires, nous sont le plus crûment révélées…

Certains démissionnent tandis que d’autres s’accrochent à leur mandat et à leurs pouvoirs excessifs, d’autres encore pensent au meurtre, les plus sensibles et les plus faibles sont poussés au suicide. On se croirait dans un de ces nombreux films d’action où tout tourne autour du pouvoir et de Washington. On se demande où commence la fiction et on finit par se demander si la réalité ne la dépasse pas. Comment imaginer que le milliardaire américain du porno, Larry Flint, prenne publiquement fait et cause pour Bill Clinton et qu’il intervienne dans la procédure de destitution (impeachement) en promettant un million de dollars pour quiconque lui fournira des documents sur les agissements coupables de dirigeants du parti républicain. Choses dites choses faites, dès les premières révélations, les têtes tombent, les démissions de personnages importants se succèdent, tel le leader républicain Newt Gingrich qu'on disait alors présidentiable. Même le procureur Kenneth Starr est obligé de mettre beaucoup d’eau dans son vin. La déchéance du président ne sera finalement pas votée.

Un récit similaire serait impossible à éditer en France. Pas question de décrire avec le même soin et les mêmes précisions les acteurs d'une comédie de ce genre, si vérifiable soit-elle. La loi chez nous ne le permet pas. Au nom de l'article 9 du Code Civil, le fameux "chacun a droit au respect de sa vie privée", un juge peut prendre des mesures à l'encontre de la liberté de la presse. Lorsqu'il s'agit d'enregistrement effectué à l'insu de la personne, l'infraction est encore plus gravement sanctionnée.

Faut-il s'en réjouir ?

Pas forcément, par exemple lorsqu'on applique à la lettre l'article 35 de la loi du 29 juillet 1881 (!) qui interdit de rapporter la preuve de la vérité de tout fait mettant en cause l'honneur ou la considération d'une personne, si ce fait touche à sa vie privée. Quant à l'interdiction, sous peine de sanction, de mentionner qu'un tel ait pu bénéficier d'une amnistie, n'est-elle pas excessive ?