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Les armes à feu

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Catégorie Les paradoxales

Les armes. Elles n’ont jamais quitté la rubrique des faits divers. Elles ont façonné notre monde et délimité les frontières qui sont les nôtres. Les armes à feu, de combien de morts sont-elles coupables ? On en arriverait à oublier que ce sont des hommes qui les ont inventées, que se sont les hommes qui les vendent et s’en servent. J’écrivais l’autre jour à propos des jeux d’argent : y a-t-il quelque chose de plus immoral que de promouvoir le jeu ? Sans doute (aucun), la vente d'armes !

- acheter une Kalachnikov sur Internet semble être un jeu d’enfant.
En quelques clics, le tour est joué et vous voilà détenteur d’un AK
pour la modeste somme de 389 € si vous n’êtes pas trop exigeant...

Que dire de l’État français qui, quel que soit le gouvernement en place, se réjouit des bons carnets de vente de son industrie des armements et qui est chagrin d’avoir perdu sa troisième place au classement mondial avec seulement 4,8 milliards de prises de commandes en 2012 ? Argument économique qui touche à l’absurde car, les armes vendues hier à nos amis du jour, peuvent rapidement changer de mains et passer à l’ennemi... Les armes sont devenues omniprésentes dans nombres de nos sociétés, soit parce qu’elles font partie de la culture locale, soit parce qu’elles semblent être pour certains la solution pour se prémunir d’un danger. Ici, c’est la politique permissive et institutionnelle du port d’armes qui a cours, comme aux USA qui va jusqu’à autoriser les aveugles à en avoir. Là, c’est le marché noir qui explose et rend accessible les armes les plus sophistiquées aux nouveaux bandits de grand chemin. Rien ne les arrête et cette « démocratisation » rend possible tous les scenarii, y compris l’armement d’une partie de la population désireuse de se défendre elle-même face à la montée de l’insécurité. En France, il est interdit d'avoir une arme à feu sur soi dans le domaine public. D’autre part, s'armer avant d'être de fait en situation de légitime défense est souvent qualifié par les juges d’acte prémédité...

À Nice, le bijoutier possédait une arme non déclarée, donc il « dégustera » et ce malgré la mobilisation sans précédant des réseaux sociaux. La pétition en sa faveur qui circule, aurait déjà dépassé les 400'000 signatures (bientôt 1'000'000 de J’aime sur FaceBook). Du encore jamais vu qui traduit un ras le bol face à la dégradation permanente de la situation et que les lois jugées permissives de notre Garde des Sceaux, Christiane Taubira, ne viennent qu’amplifier. Y a-t-il une solution miracle ? Sans doute pas mais on peut limiter les dégâts et durcir les lois anti armes.

- à ce prix-là, on n'est sûr de rien...

L’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation des armes (le 6 septembre dernier) est une des réponses que l’État et l’administration ont trouvée. Elle concerne tous les détenteurs légaux d’armes en France, parmi lesquels 1,4 million de titulaires d’un permis de chasser, 160 000 licenciés de la fédération française de tir, ainsi que les armuriers et les collectionneurs.

Deux objectifs ont été retenus qui paraissent difficile à marier. D’une part, la simplification des procédures administratives auxquelles sont soumis les détenteurs d’armes, et d’autre part, le renforcement de la sécurité de nos concitoyens et de la maîtrise de la diffusion des armes.

La simplification des procédures se traduit notamment par l’instauration d’un guichet unique pour les démarches administrative ainsi que par la mise en place d’une nouvelle classification des armes fondée sur leur dangerosité. Jusqu’à présent déclinées en 8 catégories, la nouvelle nomenclature répartit les armes dans 4 catégories : A (armes et matériels interdits), B (armes soumises à autorisation), C (armes soumises à déclaration), et D (armes soumises à enregistrement et armes à détention libre). À chaque catégorie correspond un régime juridique précis. On notera aussi l’allongement de la durée de validité de l’autorisation d’acquisition et de détention d’armes qui passe de 3 à 5 ans.

Le renforcement de la sécurité s’appuie sur une amélioration du volet pénal permettant d’accroître les sanctions et ainsi de mieux réprimer le trafic illégal d’armes, avec notamment l’instauration de peines complémentaires et l’extension de la procédure pénale appliquée à la criminalité organisée, aux infractions à la législation sur la fabrication et le commerce des armes.

La loi permet ainsi d’interdire l’accès aux armes aux personnes qui ont été condamnées en raison d’un comportement violent, incompatible avec la possession d’une arme à feu. Le régime des saisies administratives est également renforcé et toutes les catégories d’armes peuvent désormais faire l’objet d’une saisie. Des quotas sont instaurés concernant les armes elles-mêmes mais aussi les chargeurs et les munitions.

Ces mesures suffiront-elles à calmer le jeu, à rendre notre société moins violente ? Seront-elles suffisamment dissuasives pour que les délinquants en tout genre, qui posséderaient illégalement des kalachnikovs et autres armes de guerre, aient la trouille ? Si les faits ne viennent pas corroborer cette volonté affichée, il est à craindre que les « braves gens » continuent à s’armer pour le plus grand bonheur de notre industrie qui pourrait ainsi regagner une place au classement mondial des meilleurs marchands d’armes...

- notre bon vieux MAS 36 semble un rien démodé...

N.B. : En France, un peu plus de 2 millions d’armes à feu sont enregistrées selon le ministère de l’Intérieur. Pour l’Observatoire des transferts d’armement, ce chiffre pourrait atteindre plus de 20 millions.